Petite intro!

salut le monde!

Donc voilà, je fais le grand saut (et sans parachute, je tiens à le préciser!), ça fait longtemps que ça me trotte dans ma tête. Il fallait que je le sorte pour éviter de me griller trop de neurones (déjà que, je n’en ai pas un max!) 
Bon ! Dans un premier temps, je tiens à vous préciser que je ne suis pas un écrivain ! J’ai toujours été nul à l’écrit. Je n’ai jamais été foutue de coucher sur du papier mes pensées, mes réflexions et autres thèses et antithèses (filière littéraire…) au grand dam de mes profs de Français et de philo (7 aux bacs pour les deux). Mais par contre, je suis une oratrice, une diseuse d’histoire (15 en oral de Français et 17 au rattrapage en philo!). Des histoires, j’en ai plein la tête. Certains diront peut-être que j’en ai trop ! Ce qui fait qu’on dit souvent de moi que je suis dans la lune ou trop imaginative. Mais ce n’est pas grave, j’assume (Rock’n'roll)! Enfin bref, je m’égare un peu. Donc, comme je disais, je me lance. Sans bouée, ni brassards, je me jette à l’eau ! Eh oui, même si je suis nul en orthographe (je m’en excuse déjà d’avance et vous jure que je fais le plus d’effort possible pour ne pas vous froisser). Même si ma grammaire est défaillante. Pour mon lexique, je pense que mon répertoire contient quelques jolis mots qui devraient ne pas me faire rougir. Je compte sur vous pour me dire si cela vous plaît ou pas ! Me faire part des petits problèmes qui pourraient s’être glissés (à l’insu de mon plein grès) dans mes lignes.

 

Bonne lecture!

 

 

Pour plus d’infos sur Alyana and Co, il y a une page Facebook:   https://www.facebook.com/alyana.dedaharko.7

Publié dans : Non classé | le 6 août, 2021 |Pas de Commentaires »

chapitre premier

 

Chapitre 1 : le réveil

cœur de feu et de glace

Si tu te réveilles mal, rendors toi ! Car qui dit réveil pourri dit forcement journée pourrie.

Cent mille tambours s’en donnent à cœur joie dans ma tête. C’est la fête au village et mon pauvre cerveau sert de percussion au ménestrel de service qui, par mon plus grand malheur, est devenu mon bourreau. Je ne sais pas ce que j’ai fait hier pour être torturé comme ça, mais ça ne devait pas être joli, joli. Je n’ai jamais été aussi mal de toute ma courte vie. C’est la pire cuite qu’il m’ait été donné de subir. Je jure que plus jamais je ne boirais comme ça.

J’ai du mal à ouvrir les yeux. Je ne sais même pas si avec l’aide de deux cure-dents, ils resteraient ouverts. Je vais les laisser fermés. C’est mieux comme ça.

Je ne me sens pas bien du tout. Mon ventre me fait un mal de chien. J’ai l’impression d’être transpercée par un tisonnier incandescent. Mes boyaux me brûlent et la douleur pulse au rythme des battements de mon cœur. Je ne sais pas si je vais mourir ou vomir. Les deux peut-être.

Plus jamais de ma vie la moindre goutte d’alcool ne franchira mes lèvres. Fini les liqueurs et autres délices distillés, finis les tournées des tavernes et autres fêtes bien arrosées, fini les célébrations qui finissent la bouche ouverte sous le robinet percé dans le fût du plus fin des élixirs ambrés, frais et mousseux, fini les soirées entre amis à jouer à des jeux où lever le coude est le gage du perdant et surtout fini les lendemains quand le réveille nous donne l’impression de revenir d’entre le mort avec parfois un inconnu à nos côtés. Pitié faite qu’il n’y a pas un inconnu à côté de moi. J’en implore tous les dieux, n’importe lequel pas de mâle non identifié dans mon lit. Je promets qui si je suis seul à partir de maintenant, je festoierai à l’eau.

Réfléchir me fait mal, me réveiller me fait mal, bouger me fait mal, ouvrir les yeux me fait mal, respirer me fait mal, mourir me fait mal.

Je vais vomir. J’ai vraiment besoin de vomir. J’essaie de bouger pour me mettre sur le côté et ne pas m’étouffer dans mes remontées gastriques, mais ma douleur abdominale me fait comprendre à quel point passer à l’acte serait une très mauvaise idée. Respire Alyana, respire.

Un grognement sort, malgré moi du plus profond de mon être. J’ai la gorge en feu comme si mes cordes vocales n’avaient pas été utilisées depuis une éternité.

Une caresse douce et légère frôle mon visage, ça me fait du bien. Cette caresse est magique, car elle m’apaise facilement. Elle me ramène dans mon enfance directement dans les bras de ma mère, quand elle me consolait après m’être fait un gros bobo. Vous vous souvenez, de ce bobo terrible qui vous laissait prédire que vous alliez vous vider de votre sang et perdre la partie de votre corps concerné ? Nous l’avons tous vécu, et nous en sommes tous encore traumatisés. Il n’y avait que le bisou magique qui pouvait le guérir. Le fameux bisou magique que seuls les adultes avaient en possession. Il ne me manque plus que la berceuse de mon enfance et son super pouvoir pour m’endormir quand j’étais malade.

 

« Mon bébé, mon doux bébé ne pleure pas.
Ne t’inquiète pas, je suis là près de toi.
Je veille sur toi.
Mon bébé, mon doux bébé, tu es mon amour, tu es ma vie.
Tu es mon jour et tu es ma nuit,
je t’aime à la folie.
Mon bébé, mon doux bébé ne pleure pas ne t’inquiète pas.
Maman et papa sont là nous te tenons dans le giron de nos bras »

Voilà, c’est exactement celle-là. Simple, rapide et efficace. Maintenant, je peux trépasser en paix.

-Tu crois qu’elle se réveille pour de vrai ou c’est une fausse alerte?

-Les guérisseurs nous ont dit qu’elle devrait se réveiller d’un instant à l’autre. Le sort de guérison qu’ils lui ont jeté devait la laisser inconsciente pendant une semaine. Le temps que tous les dommages physiques qu’elle a subis se cicatrisent correctement.

Ce sont les voix de mes parents que j’entends. Je ne comprends pas du tout ce qu’ils racontent. Mais ce qui me rassure, c’est qu’ils ne parlent pas d’une présence parasite à mes côtés. Merci au dieu qui a répondu à ma prière. Je suis seule dans mon lit et heureusement. La dernière fois que j’ai été surprise avec un homme dans ma chambre… Non, je ne veux plus penser à cette période très sombre de ma vie. J’en frissonne encore de terreur. Je grogne une deuxième fois.

-C’est fou comment elle peut être gracieuse quand elle se réveille, et ce, depuis sa naissance. Cette fille est née en grognant. Tu t’en souviens ? Dès les premiers instants de sa vie, elle n’a rien fait comme les autres.

-Oui, elle est unique en son genre.

-Ah ba ça, pour être unique, elle est unique ! Plus unique qu’elle, ça n’existe pas.

Un son sourd se fait entendre tout de suite suivi par un hoquet de surprise.

-Aie ! Amour de ma vie, Lumière de mes nuits, aurais-tu l’amabilité d’arrêter de lever la main sur moi. C’est très douloureux.

-Ce n’était qu’une petite caresse dynamique, mon chéri. Ne me dis pas que le fier guerrier que j’ai épousé, serait en vérité qu’une chochotte fragile ?

Et voilà, c’est reparti pour un tour. De vrais ados ces deux-là. Tout le temps à se chamailler. Mon père adore chercher des noises à ma mère pour soi- disant pimenter leurs réconciliations. Comme s’ ils avaient besoin d’excuses pour ça. Quand leurs regards se fondent l’un dans l’autre, toute l’intensité de leur amour pourrait illuminer le plus obscure des cœurs. J’aimerais qu’un jour, un homme puisse me contempler de la même façon que mon père admire ma mère. Mais bon, je n’ai pas le même don que ma génitrice, celui de savoir choisir son mec. La déplorable histoire de mes amours en est la preuve. Je crois que je suis jalouse du bonheur conjugal de mes parents, même si pour moi il représente mon idéal.

-Trouvez-vous une chambre, mais par pitié taisez-vous, j’ai assez de musiciens déchaînés dans ma tête pour y ajouter vos escarmouches et réconciliations en plus.

Ma voix est rauque et douloureuse. Ma gorge est en feu. J’ouvre les yeux difficilement et mets un très long moment pour que ma vision s’éclaircisse. Un verre d’eau se tient juste sous mon nez.
Bénis sois mon sauveur. Je l’attrape maladroitement et tente tant bien que mal à le faire parvenir jusqu’à mes lèvres.

-Attends, ma chérie, je vais t’aider.

Ma mère pose sa main sur la mienne et m’aide à boire. L’incendie dans ma bouche se refroidit. Je réclame encore plusieurs verres d’eau pour apaiser les irritations et me remettre les idées en place. Une fois désaltérée et les idées un peu plus claires, je m’assois dans le lit. Un lit que je ne connais pas, dans une pièce que je ne connais pas. J’observe mes parents en attente de réponses. Je les vois hausser leur sourcilles devant mon mutisme, eux aussi sont en attente d’éclaircissements. Que s’est-il passé ? Tel est la question. Car pour moi, à part un vide aussi profond que la plus insondable des abysses, je n’ai aucune explication du pourquoi et du comment, je me retrouve dans ce lieu inconnu.

Mon ventre est toujours aussi douloureux et la position assise n’aide pas. Pour couronner le tout, il me démange comme si je venais de le frotter avec des orties. Je repousse les draps et remonte l’espèce d’immonde chemise de nuit que je porte. Qui encore à notre époque porte ce genre de sac à patates à fleurs ? Même ma grand-mère n’en voudrait pas. Il ne me manque plus que le bonnet et je suis prête pour l’hospice.

Une fois l’horrible chose remontée assez haut, j’ai une superbe vue sur une énorme cicatrice rougeâtre qui part du haut de mon nombril jusqu’au bas de mon sternum. Putain de bordel de merde ! C’est quoi ça ? Je regarde mes parents complètement estomaquée.

-Je peux savoir ce qui se passe ici ? Et je peux savoir pourquoi mon ventre ressemble à une dinde qu’on viendrait de farcir et recoudre ?

Mon père explose de rire. Je ferme les yeux de dépit face à l’immaturité paternel. Dire qu’il est le souverain d’un puissant royaume et qu’il commande une armée de redoutables dragons. J’entends un autre bruit sourd succédé tout de suite après par un autre hoquet.

-Aie ! C’est extrêmement douloureux. L’arrière de la tête est un point très sensible, tu le sais, Amour de ma vie ?

-Bien sûr mon chéri, pourquoi crois tu que je vise cet endroit plus qu’un autre ?

-Parce que l’autre endroit sensible, tu en as…..

Troisième bruit sourd, troisième hoquet !

Ils sont désespérants, mais c’est comme ça que je les aime. Ma mère vient s’asseoir à côté de moi tandis que mon père prend place à mes pieds.

-Tu n’as plus aucun souvenir ?

-Non, c’est le vide complet dans ma tête.

-Ce sont les effets du sort de guérison. Ils devraient se dissiper d’ici peu. Il faut que tu te concentres un peu et cela devrait revenir. Tu es restée inconsciente pendant une semaine pour laisser à ton corps le temps de se soigner. Pour nous, cela a duré plusieurs jours, mais pour toi, tout cela s’est passé hier. Fait le vide dans ta tête. Focalise-toi sur ta respiration et remémore toi la journée d’hier. Fait la défier comme si tu la vivais une deuxième fois. Commence à partir de la première action que tu as faite et dont tu te souviens.

S’il y a un bien quelque chose que je déteste le plus, c’est bien la méditation. Faire le vide dans sa tête ! Je ne sais pas qui est le crétin qui s’est imaginé une seconde que l’on pouvait mettre son cerveau en pause, mais celui-là, sa matière grise, il ne devait pas l’utiliser tous les jours. Sérieusement, chez moi au grenier, c’est le bordel complet. On ne peut même pas y mettre un pied devant l’autre. Pire que la chambre d’une bordélique et pire que ma chambre !

Quand on me demande de faire le vide en moi, je me retrouve toujours à prendre le thé avec moi-même. L’image parfaite d’un rassemblement de vieilles commères installées sur un banc au milieu de la place centrale du village.

Oui, nous sommes plusieurs, là-dedans et alors tant que c’est moi qui commande, il n’y a pas de problème, non ? Depuis toute petite, je me suis toujours retrouvée à parler toute seule à voix haute ou à moi-même. J’ai besoin de m’adresser à un cercle d’experts en quête d’attention, de conseils ou de solutions à mes problèmes.

Attention, je vous vois venir avec vos gros sabots, non, je ne suis pas folle. Je sais très bien que vous représentez de multiples facettes de ma personnalité. Des amis imaginaires d’une petite fille qui s’est retrouvée trop tôt dans un monde d’adulte, a eu besoin de créer pour ne pas se sentir trop seule. Je sais aussi que vous auriez dû disparaître avec la puberté, la mise en place de liens sociaux avec des personnes réelles et tout ce qui va avec, mais vous êtes tellement chouettes que j’ai eu envie de vous garder. On forme une belle équipe, non ? Comme le disait un grand sage, capitaine pirate de son vivant :« Les fous savent pas qu’ils sont fous. J’sais que j’suis pas fou donc j’suis pas fou, c’est fou non ?* ».

Enfin bref, ne nous attardons pas sur mon intégrité intellectuelle. Il y a une question existentielle qui attend une réponse de ma part. Quelle est la première chose que j’ai faite et dont je me souviens ? Plus facile à dire qu’à faire. Réfléchis, ma grande, réfléchis. Déjà, la première chose à faire est de tuer ces satanés troubadours de malheur qui ont fait de mon cerveau une véritable cacophonie. Oui, ils sont plusieurs, autant de bruit, ne peut venir d’un seul homme.

Pour s’ouvrir à la méditation, il faut visualiser. Alors, visualisons. J’imagine mon cerveau transformé en place de village avec en son centre, une ribambelle de korrigans** espiègles qui jouent avec une véritable fanfare. Des korrigans ? Visualisez des petits êtres hauts comme trois pommes avec une tête de vieil homme barbu et des pieds de bouc, jouant avec toutes sortes d’instruments de musique possible et inimaginable. Voilà ce que j’ai dans ma cervelle. Pourquoi des korrigans ? Parce que ces petites abominations du Petit Peuple sont de véritables garnements. Un concentré de farces et attrapes en tout genre. Leur but dans la vie, c’est de rendre les autres complètement chèvre. Chèvre, pieds de bouc, vous avez compris le rapprochement ? D’accord, j’ai compris, je sors !

Heureusement pour moi, pour les effaroucher, il suffit de les renvoyer dans leurs langues. Comment je sais cela ? Quand on est de statut royal, il y a des codes diplomatiques à connaître. Et quand on parlemente avec le Petit Peuple, il y a beaucoup de codes à assimiler pour se protéger. Pour ce qui est de toute la famille des gnomes, il faut connaître leurs langues respectives pour ne pas devenir leurs proies. Donc je crie la formule magique au nez des nuisibles.

-greu bro adbe kenov grallu pulo*** !

Je les vois disparaître en courant dans tous les sens, abandonnant leurs instruments de malheurs dans leur précipitation. Le chaos sonore vient de laisser place à la mélodie plus discrète de leur cavalcade de retrait. C’est déjà une bonne chose de fait pour pouvoir cogiter en paix.

Remémorons-nous la journée d’hier qui a eu lieu, il y a une semaine. Le plus simple, c’est de commencer par le plus important : Qu’est ce que j’ai mangé au petit-déjeuner ? La nourriture et moi, c’est une véritable histoire d’amour et de passion. C’est bon, je l’ai ! Mon estomac a sa propre mémoire et il est infaillible sur ce qu’il a ingurgité !

J’ai mangé des crêpes au chocolat à mon petit-déjeuner. Ma tante venait d’en faire pour toute une armée, car les premières qualifications pour le championnat des arènes du sud venaient de commencer. Et la tradition veut que pour ce premier jour, on mange des crêpes au repas le plus important de la journée. J’ai pitancé comme une ogresse : crêpes, tartes aux pommes, fraises à la chantilly, gâteau au chocolat, viennoiseries, jus de fruits fraîchement pressés, omelette à la châtaigne, charcuterie de premier choix et plateaux de fromages les plus odorants du pays, je m’en suis donnée à cœur joie. Une véritable orgie culinaire. Franny, ma tantine préférée, est la meilleure cuisinière de tous les royaumes réunis. C’est mon héroïne, ma déesse des petites douceurs sucrées et salées qui fait du bien à mon moral. Pour ce qui est de mon corps, un peu moins. Mais mon oncle, qui n’est autre que mon maître d’arme, veille toujours à ce que la quantité avalée soit éliminée. Deux fois ! Un vrai despote.

Je suis une combattante. Une redoutable guerrière, championne pour la deuxième année consécutive des arènes du sud. J’ai été élevée par mon oncle, le frère de ma mère et sa femme. Il est le plus grand maître d’armes du cercle des arènes du sud. Il détient l’un des plus prestigieux palmarès de l’ensemble des Cercles.

Laissez-moi vous expliquer depuis le début.

J’appartiens au peuple des Dragons de Feu et  mon père en est le souverain. Nous sommes des métamorphes. C’est-à-dire que nous avons la possibilité de nous transformer en dragon quand bon nous semble. Nous naissons humains et à notre premier anniversaire notre corps commence à  muter. Il n’est pas rare de croiser de jeunes enfants avec une tête, des pattes, une oreille, un œil de dragon. Ce n’est pas très joli à voir, mais c’est comme ça. C’est au deuxième anniversaire que le corps de l’enfant peut se métamorphoser dans sa totalité. Et à la troisième bougie le petit dragon contrôle parfaitement la transformation et les pouvoirs qui vont avec. Le hic dans l’histoire et il y en a toujours un, c’est moi !

Je suis latente. Impossible de faire ressortir le dragon qui est en moi. Plus le temps passait et plus je restais moi-même, petite fille adorable mais humaine. Ce qui a bien sûr posé beaucoup d’inquiétudes à mes parents, mais aussi, beaucoup de problèmes. Je suis devenu le point faible du roi. Une petite chose fragile si facile à éliminer pour une bande de gros lézards hostile à la couronne. Et surtout, comment donner une chance à la pauvre handicapée que j’étais pour pouvoir convoler dignement. Comme si l’ensemble de la classe politique et l’autorité parentale allait choisir qui je devais épouser. Je suis peut-être une petite chose fragile, mais ça ne fait pas de moi quelqu’un de facile à manipuler.

Chez les Dragon, la femelle doit être forte, dangereuse et avoir du caractère. Pour ce qui est du caractère, j’ai ce qu’il faut en ma possession, mais le reste laissait à désirer. Alors il a été décidé de m’envoyer chez mon oncle pour qu’il fasse de moi la meilleure combattante qui soit. J’avais cinq ans et mon monde a alterné entre le village de Redon**** et le château de Feu. Je peux vous affirmer qu’aujourd’hui, je suis très appréciée chez mes congénères et que mon petit problème de métamorphose passe au second plan.

À 19 ans, je possède un petit palmarès dont je suis immensément fière. J’ai travaillé dur et j’ai failli mourir plus d’une fois, mais j’ai gagné ma place dans l’élite des guerriers.

Notre monde est composé d’un continent central, entouré du nord au sud et en passant par l’est, d’un océan. À l’ouest, une barrière de montagne infranchissable délimite la frontière avec les Terres de l’Oublie. Beaucoup de légendes terrorisantes décrivent des mondes d’horreurs et de désespoirs de l’autre côté de ces murailles naturelles qui nous protègent de la mort. Tous ceux qui ont voulu explorés ces contrés maudites ne sont jamais revenus. Pourtant, il y toujours un explorateur suicidaire pour tenter le coup, mais nous n’avons jamais eu de découvreurs héroïques pour nous conter leurs aventures.

Le continent est appelé Andadel. Il est divisé en quatre parties. Attention, ce n’est pas un gâteau que l’on a coupé en quatre parts égales. Tout est fait grâce à des frontières naturelles. Les royaumes du nord sont délimités par une immense forêt. Ces immenses contrées luxueuses et verdoyantes sont les terres d’Arkantal. Au sud, le plus grand fleuve du continent, marque les vallées de Lalanta. À l’est, se trouvent les plateaux de Youkonbou et à l’ouest les plaines de Fintorsel.

Chaque partie possède son “Cercle” d’arènes. Un Cercle est composé de 4 arènes qui ont à leur tête un Champion qui par le championnat des Finales devient le Maître du Cercle.

Le Cercle des arènes du sud est composé des arènes de Feu, de l’Air, de la Terre et de l’Eau. Celui du nord est constitué des arènes de Rubis, de Diamant, d’Emeraude et de Saphir. Pour celui de l’est, on trouve les arènes de Fer, de Bronze, d’Or et d’Argent et pour finir à l’ouest nous avons les arènes Blanche, Noire, Dorée et Argentée.

Donc, pour revenir à moi, je suis la Championne de l’arène de Feu et le Maître du Cercle du Sud.

Mais je me disperse dans mes pensées, revenons au plus important et sur le déroulement de ma fameuse journée. Donc, après ce copieux petit déjeuner, je me suis échauffée toute la matinée et ensuite j’ai rejoint les autres concurrents dans les cellules. Je ne parle pas des geôles sombres et glauques utilisées pour emprisonner et torturer des détenus dans les cachots. Il s’agit de grandes pièces où on y trouve des bancs et des rangements pour y déposer nos affaires. Une sorte d’immense vestiaire. Il y a eu quelques combats avant le mien, une petite dizaine, je dirais. Puis est venu mon tour enfin. La patience n’est pas vraiment une de mes qualités. Je rectifierais en disant plutôt que l’impatience est un de mes grands défauts. Nul n’est parfait.

Mon instinct me dit que tout vient de ce combat. Je me concentre et replonge dans l’arène pour revivre cet affrontement une deuxième fois.

Me voilà en plein cœur de l’action. Mon adversaire est une sorte de sanglier bipède. Montagne de muscles, au teint verdâtre, petit yeux globuleux noirs, un groin à la place du nez, mâchoire inférieure en avant avec les incisives qui dépassent et pour enjoliver l’ensemble, deux grandes canines qui remontent telles des défenses de sanglier juste en dessous des yeux. Il possède de grandes oreilles pointues, une longue chevelure qui lui descend aux genoux et rasée sur les côtés. Pour donner du style à l’ensemble une barbichette parsemée de perles et d’os, lui arrive au nombril. Un Orc dans toute sa splendeur.

Et celui-là est peut-être l’un des plus vicieux qu’il m’ait été donné de combattre. Ce petit malin est truffé d’armes. Une vraie armurerie ambulante. Je l’ai déjà délesté d’une hache, d’une épée, de trois poignards et d’une massue. Et il me menace d’un cimeterre qu’il a sorti de je ne sais où. Il enchaîne attaque sur attaque et ne me laisse pas le temps de me reprendre pour lancer de nouvelles hostilités. Il est pour le moment le maître du jeu et ça m’énerve.

Je suis recouverte de bleus, de bosses et de sang. J’ai plusieurs plaies sur les bras qui saignent abondamment et qui coulent sans interruption, rendant mes mains poisseuses et glissantes. J’ai du mal à bien tenir mes deux épées. Je suis en train de me faire démolir en beauté. Ma vision est trouble, mes pensées ne sont pas claires et mon corps est à l’agonie. Il faut que je me ressaisisse et en vitesse. Mon adversaire est dans le même état que moi. Je le vois secouer la tête régulièrement comme pour reprendre ses esprits et il vacille légèrement sur ses jambes. Il faut que je trouve sa faille rapidement.

Trop tard pour réfléchir, le phacochère humanoïde, s’élance sur moi comme un boulet de canon. Il n’est pas si vacillant que ça finalement. C’est son poing qui me percute en plein dans l’estomac. Je décolle et m’envole sur plusieurs pieds pour atterrir lourdement sur le sol. Tout l’air a quitté mes poumons et mon petit-déjeuner ressort par où il est entré. Je sens la terre trembler alors que je finis de vider mon estomac, je me relève légèrement et redresse la tête, si je ne trouve pas de quoi l’arrêter, la deuxième charge que je m’apprête à subir sera la dernière de ma vie.

C’est en me mettant à genoux pour me mettre debout, que je la voie. Cette jolie grosse, masse toute brillante et scintillante qui me chante “Prends moi, prends moi ! ”. Je l’avais complètement oubliée celle-là. C’est une des pièces de tout l’arsenal que j’ai semé dans l’arène au fur et à mesure que j’ai désarmé mon adversaire. Je tombe directement amoureuse d’elle. Je me lève pour la saisir de mes deux mains, tourne la tête pour juger la distance entre moi et l’autre connard et une fois qu’il se situe à la bonne porter, je soulève l’amour de ma vie avec le plus d’élan possible et je la fracasse contre son crâne.

L’onde de choc me fait lâcher mon arme. Je ne sens plus mes bras, je regarde par terre au cas où ils seraient tombés avec la masse. Non, ils sont toujours accrochés à mon corps. Au sol, le tas verdâtre  que forme l’Orc gît dans son sang. Il a une tête sacrément solide. Elle est encore intacte, j’aurais pourtant parié qu’elle aurait éclaté en plusieurs morceaux vu le volume et le poids de l’assommoir. Sa poitrine se soulève laborieusement, il est encore vivant le con !  Je lève mon pouce bien haut pour signaler qu’il a besoin de soin et ainsi déclarer ma victoire par KO. Une clameur éclate dans l’arène. J’entends le public crier, siffler et applaudir ma victoire. Je me dirige péniblement vers les jurés et m’incline devant eux comme le veut la tradition. J’ai gagné grâce à la chance et grâce à cette masse. J’en remercie le Combattant, protecteur des guerriers. Je veux cette massue pour l’épouser et faire des bébés avec.

Un mouvement dans la périphérie de mon champ de vision m’alerte que quelque chose se passe. Les cris alarmés dans l’arène me poussent à me retourner juste à temps pour accueillir l’épée que l’Orc m’enfonce dans le ventre. J’écarquille les yeux en grand et ouvre la bouche pour lui faire part de ce que je pense de sa façon de faire, mais aucun son ne sort. Un sourire triomphant éclaire ses traits  porcins et ses yeux brillent de contentement. Il recule de quelques pas et je m’écroule à ses pieds.

Putain de bordel de merde ! Je ne m’y attendais pas à celle-là. Mais alors pas du tout. J’ai envie de me foutre des claques parfois, et là, j’ai vraiment atteint le sommet de la connerie. Depuis quand, on crie victoire avant que l’ennemie soit sortie de l’arène ? Non mais tu viens d’où ? De l’école des saltimbanques ? Tu ne fais pas dans le spectacle, ma chérie. Tu n’es pas comédienne, ni jongleuse et encore moins magicienne. Alors les pirouettes, les saluts, les sourires et mignonneries à la fin de la rigolade, ce n’est pour toi. Tu n’es pas au théâtre, mais dans une arène ! Tu sais l’endroit où les gentils petits guerriers et petites guerrières s’envoient des torgnoles et autres douceurs ensanglantées jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Si le mec n’est pas mort ou partie se faire soigner, il peu toujours se relever, espèce de petite débutante écervelée. Je ne sais pas ce qui me retiens de me donner un gros coup de pieds au cul pour m’inculquer les conséquences de ma regrettable erreur. Sérieusement, même un bleu ne ferais pas ce genre d’ineptie.

J’ai envie de hurler ma rage, mais aucun son ne sort de ma gorge. Je me déteste ! Mais l’autre embrocheur qui me fait face, je le déteste encore plus. Il ne perd rien pour attendre. Je vais le bouffer, le croquer, l’avaler, le gobichonner, le mâcher, le gober comme une vulgaire cacahuète. Enfin, je le ferais si je n’étais pas latente. Il serait bien dommage que j’oublie ce léger petit problème de transformation. Enfin, petit problème, petit problème, laissez moi en rire. Car à cet instant, je donnerais n’importe quoi pour pouvoir muter. Je suis prête à faire don d’un bras, d’un rein, de mon titre de princesse, de mon trésor, je serais prête à vendre ma mère. Non, pas ma mère, je me laisse trop emporter par ma frustration. Preuve flagrante de ma détresse. J’en appelle à toutes les divinités, je vous en supplie, par pitié, entendez ma prière. Je veux pouvoir devenir un dragon une seule fois, pas très longtemps, juste un instant pour me farcir le phacochère, s’il vous plaît.

Je me relève péniblement sur les genoux. Du sang s’échappe en plusieurs filets de ma plaie, mais ce n’est pas l’hémorragie non plus. Le plus bizarre dans tout ça, c’est que je ne ressent rien. Je n’ai plus aucune connexion avec mon corps. J’avais appris l’histoire d’un mec qui s’était fait trancher le bras pendant un combat et qui avait continué de se battre comme si rien n’était pendant un long moment. À présent, je comprends mieux comment il a fait pour ne pas ressentir son amputation. Quand tu n’as pas conscience de la douleur et de ton corps, tu continues comme si de rien n’était. C’est comme si, il y avait un vide en toi, comme si tu n’étais plus constitué de muscles et d’os. Tu n’es juste fait de rein. Ton être est devenu indépendant à ta volonté. C’est ton instinct de survie qui a pris le relais à ta conscience. Tu es devenu une simple marionnette. Tu ne contrôle plus rien, je ne contrôle plus rien. Je regarde impuissante mes mains saisir le pommeau de l’arme enfoncée dans mon ventre et l’extraire doucement. J’entends la voix de mon oncle dans ma tête qui me hurle les règles des premiers secours. Surtout celle qui stipule que lorsque l’on a une lame plantée dans son corps, il ne faut en aucun cas la retirer. Alors je peux savoir pourquoi mes imbéciles de mains viennent de faire ce qu’il ne faut pas faire justement ? Plus con, tu meurs. Et effectivement, je vais mourir les tripes à l’air.  

Correction, si je me suis réveillée avec une jolie cicatrice à l’abdomen, c’est que je n’ai pas rendu l’âme. Ce qui, je dois le dire, est un bon point pour moi.

La suite est un peu floue. Je suis carrément dans une autre perspective. Vous avez déjà entendu parler de ces personnes qui ont vécu quelque chose d’atroce et qui affirme avoir vu cela de l’extérieur ? Eh bien, c’est exactement ce qui m’arrive. Je n’ai pas en mémoire le fait d’avoir éprouvé le reste de l’histoire. Non, j’ai le souvenir d’avoir assisté à la scène comme simple spectatrice. À croire que mon esprit s’est désolidarisé de mon corps pour observer mon agonie comme au théâtre. Vous imaginez la scène ? Installé peinard dans un fauteuil avec une tonne de friandises sous la main, à assister à une tragédie. Alors le rideau se lève, les trois coups se font entendre et… Action !

Je me vois relâcher l’épée à terre et relever la tête pour fixer l’orc avec un sourire ensanglanté plaqué sur mon visage. Je me mets à rire.

-T’es mort !

Mon adversaire m’observe d’un air condensant.

-c’est toi qui es en train de mourir, je te signale.

-Tu es mort, mais ça, tu ne le sais pas encore. Ce n’est pas grave, je te pardonne pour ton ignorance. Mais pour ce qui est du sale coup que tu viens de me faire, les juges dans ma caboche et moi-même avons délibérés et ordonnés ton exécution sur le champ. Par contre, si tu ne veux pas ressembler à une mouche écrasée sur le cul d’une vache, je reculerai un peu. Ce serait dommage que ta nécrologie te compare à un nuisible qui s’est pris pour une crêpe. Alors si j’étais toi, pour une mort un peu plus glorieuse, je reculerais un peu. Il va y avoir des étincelles et du lourd. Alors garde ta petite culotte et admire la bête ma cocotte.

J’ai toujours eu cette phrase en aversion. Quand un mec te sort cette abomination, tu n’as qu’une envie, c’est de lui en coller une. Mais à ce moment même, je dois reconnaître qu’elle est plutôt marrante à sortir. Je ne sais pas à quelle bête, je fais référence, mais dans ce contexte et envoyé par une femme, ça lui donne un petit côté revanchard qui me plaît assez bien.

Attention, les amis, accrochez-vous bien, car ce qui est en train de se passer sous mes yeux, c’est de l’épique. Nous sommes au point crucial du drame. Le suspense est à son comble. Je suis à genoux, recouverte de sang, de terre et de poussière, la crinière en pagaille, me tenant le ventre pour éviter que mes boyaux se fassent la malle, rigolant comme un bossu et pour clore le spectacle, la peau qui ondule comme si de milliers de bestioles grouillaient là-dessous. Plus glamour, ça n’existe pas, c’est moi qui vous le dit. Un halo lumineux m’entoure et devient de plus en plus éblouissant. Cette enveloppe de lumière blanche, je la reconnais. C’est celle qui entoure les dragons avant leur transformation. Putain de bordel de merde, je me métamorphose ! Mon enfoiré de dragon s’éveille enfin. Je sais que je deviens vulgaire, mais là, le choc a mis mon correcteur d’injure hors service. Un éblouissement plus tard, je fais face au plus beau de tous les dragons que j’ai jamais vu. Je ne suis pas forcément objective, vu que c’est moi-même et que je l’attends depuis dix-neuf ans. Mais sacré bon sang qu’il est beau. Rectification. Que suis-je belle !

 

Immense et imposante. Deux mots qui décrivent à eux seuls, la créature qui se dresse devant moi. À l’œil, je dirais environs soixante-dix pieds de long, cinquante de hauteur et vingt-cinq de largeur. Pour une femelle, j’en impose. La moyenne est plus dans les soixante pieds de long, quarante de haut et cinq de large, pour un mâle, je précise. Donc je vous laisse imaginer dans quelle catégorie, je me situe. Ah ! Elle ne fait plus pitié l’handicapée de la transformation, l’invalide de la mutation, l’infirme de la métamorphose. On ne rigole plus maintenant. Vous faites moins les malins devant la grosse bête. Laissez-moi savourer ce moment de pur bonheur orgasmique. Sacré bon sang que ça fait du bien. Une vraie jouissance. J’imagine la tête de tous les détracteurs et autres abrutis de première qui m’ont pourri ma vie et celle de ma famille. Bing, dans les dents. Circulez, il n’y a plus rien à voir.Par contre, il est vrai que la magnifique bestiole que je suis est légèrement différente de ce à quoi elle devrait ressembler. Mais nous n’allons pas chipoter un petit problème de couleur. Ce n’est qu’une minuscule broutille. Pas de quoi fouetter un chat ou un dragon.Nous sommes d’accord, les dragons royaux sont blancs depuis le premier roi Dragon. Moi, je suis de la couleur d’une belle nuit lunaire. Surprise ! Pourquoi faire comme les autres ? Blanc, noir, jaune, rouge, vert, on s’en fout de la couleur. Ce n’est pas elle qui dicte ce que vous êtes. Vive la différence et vive les arcs-en-ciel. Non ? Je sais, c’est beau de rêver. Déjà qu’en étant latente, j’en ai chié, alors ne pas être de couleur royale, je vous laisse deviner la suite. Les gens sont d’une étroitesse d’esprit. Ils sont phobiques de tout ce qui sort du lot, des choses éloignées de leurs stéréotypes et de tout ce qui est à l’encontre de leurs normes. Leur monde est gris et terne, alors qu’il pourrait être tellement joli avec de la couleur et des paillettes. Regardez-moi ! Une vraie beauté. Je suis canon. Mes écailles sont d’un beau noir profond avec des reflets argentés. Des piques acérées recouvrent la totalité de mon épine dorsale jusqu’à l’extrémité de ma queue. Sur ma tête, deux grandes cornes s’élancent vers l’arrière. Ma gueule est fine mais néanmoins redoutable avec ces deux rangées de crocs pointus. J’ai un long cou que je tiens bien droit. Mes pattes sont robustes et possèdent des griffes affûtées comme des poignards. Une véritable machine de guerre, faite pour tous les combats.Bref, en résumé, je suis belle, redoutable, sexy et indéniablement unique. Ne m’en voulez pas pour cette autolâtrie, mais j’en ai tellement rêvé de ce gros lézard. Je l’ai fantasmé, idolâtré et de le voir là, magnifique et si réel que j’ai sombré dans la contemplation de moi-même. Pardonnez-moi, je ne le referai plus.Un mouvement dans mon champ de vision m’interpelle. Mon petit porcinet essaie de se faire la malle. Oh que non, ma petite cacahuète. Vu comment la grosse bête s’est raidie et a posé ses yeux sur toi, ta mise à mort est pour bientôt. D’un geste rapide et précis, le dragon saisit l’orc avec ses crocs et d’un mouvement gracieux le jette dans les airs pour le réceptionner dans sa gueule béante et le gober sec. Une cacahuète, comme je l’avais dit. Bien joué, ma grande ! Non mais on ne m’embroche pas à la traître, sans en subir les conséquences.

Un rugissement assourdissant se fait entendre. Mon dragon, les naseaux fumants, lève sa tête vers le ciel et crache un jet de feu surpuissant vers le ciel et sur l’ensemble des gradins. Heureusement, ceux-ci étaient quasiment déserts. Les spectateurs ont sûrement eu peur du monstre à écaille et ont pris la fuite. Ils ont dû pressentir le cracher de feu, ce qui est assez récurrent chez mon peuple. Un deuxième grognement se fait entendre, il est plus caverneux et plus rauque que le premier. Il m’étonne, car ce n’est pas un son que nous avons l’habitude d’entendre chez le peuple de feu. C’est plus un grondement du peuple de glace. Et là, ahurissement total de ma personne, un jet de glace impressionnant sort de ma gueule béante. Oui, je dis bien ma gueule, car je ne sais pas comment et quand, mais je suis redevenue moi-même. J’ai réintégré mon corps, enfin celui de dragon. Me voilà revenue à ma place.

Bon, ce n’est pas plus différent que d’habitude, mais il y a quelques petites choses qui ne sont plus pareilles. Comme ma vision, mon champ est beaucoup plus large, vous connaissez l’expression avoir les yeux derrière la tête ? C’est presque ça, plus besoin de se contorsionner pour regarder ce qui se passe dans le dos. Un léger mouvement sur le côté et j’ai la vue sur la globalité de ce qui m’entoure. L’ouïe et l’odorat sont super développés aussi. J’arrive à entendre la foule qui hurle de terreur à l’extérieur de l’arène. Je peux même différencier le sexe et l’âge des cris. Je peux sentir qu’un marchand de glace s’était installé et que le bac de glace chocolat s’est répandu par terre. Mélangé à la terre, ce n’est pas terrible, mais le parfum chocolaté qui chatouille mes narines ou mes naseaux, me donne l’eau à la bouche. Je passe ma langue sur mes lèvres et je ressens le tranchant de mes crocs. De bonnes grosses dents bien aiguisées et bien tranchantes. Le goût de fer qui se répand sur mes papilles et la petite douleur à la langue, m’apprend que je viens de me la couper dessus. Me voilà doté du fameux sourire “croc ” mignon qui fait que tu ne sais pas si tu dois t’extasier devant cette magnificence terrifiante ou être terrifié par cette image cauchemardesque.  J’adore !

Je n’ai pas l’impression d’être sur quatre pattes. C’est comme si mes membres et ma colonne vertébrale ont naturellement imprégné ma nouvelle morphologie et que cette position est semblable à celle du debout pour un bipède. Par contre, mes ailes et ma queue me dérangent. Trouver un équilibre avec ces appendices encombrants, est un vrai jeu d’acrobatie. J’ai lu dans un livre que la queue d’un animal lui servait entre autres, de balancier pour sa stabilité. Je n’ai pas encore compris le fonctionnement de la chose, ni pour celui des ailes. Si j’arrive à me transformer, il va falloir que je me penche sur cette question anatomique et mécanique de mon nouveau corps.

Pour le moment, penchons-nous sur la question du pourquoi et comment un dragon de feu, c’est-à-dire moi, ait pu cracher un jet de glace qui n’est exclusivement possible que chez les dragons de glaces. Là, est la question !

 Je pense qu’il est grand temps pour moi de retourner au présent pour interroger mes parents. J’ouvre les yeux et je me retrouve dans la chambre où je me suis réveillé quelques instants plus tôt. Mes parents sont toujours à mes côtés. C’est ma mère qui est la première à se rendre compte que je suis revenue de mon voyage dans le temps.

-Alors ? Tes souvenirs sont revenus .

-Oui.

Je les observe tous les deux, en quête de réponses. J’ai tellement de questions qui se bousculent dans ma tête que je ne sais pas par laquelle commencer. Finalement, c’est mon père qui se lance en premier. En même temps, venant de la commère la plus curieuse du royaume, cela ne m’étonne pas.

-Tu vas, enfin, pouvoir répondre à la question qui me ronge depuis une semaine. C’est quoi cette putain de glace que tu nous as craché ?

Rapide comme l’éclair, ma mère envoie une forte claque derrière le crâne de mon père.

-Aïe !

-Surveille ton langage, Roi !

Ma mère et sa maniaquerie des bonnes manières et du bon langage.

-Je ne sais pas. Je pensais que vous auriez des réponses. J’ai toujours souhaité pouvoir me transformer en dragon, mais finalement, je ne sais pas ce qui est le pire. Être latente ou être un D.N.I ?

-Un D.N.I ?

Mon père me dévisage d’un drôle d’air.

-Un dragon non identifié.

Nous explosons de rire tous les trois. Je pense que nous en avons besoin. Nous détendre un peu. Après tout ce bazar, pour rester poli. Le tyran est dans le coin. Je ne voudrais pas rajouter une commotion cérébrale à la liste de mes blessures. Ses tapes derrière le crâne sont redoutables et douloureuses.

Une fois nos rires taris, un silence s’installe. Nous sommes plongés dans nos réflexions, à la quête des réponses à nos multiples questions. C’est ma mère qui parle la première.

-Avec ton père, nous avons beaucoup réfléchi. Pendant ton coma, pas mal de choses se sont passés. En te soignant, un des maîtres guérisseur a décelé de la magie élémentale en toi. Si nous combinons ce qu’il a découvert et ce que nous avons ressenti lors de métamorphoses…

-Qu’avez-vous trouvé ?

-Ta magie draconique est particulière. Tu possèdes celle du feu ce qui est normal, même si elle est extrêmement puissante. Mais ton père a détecté celle de la glace, ce qui à l’origine devrait être impossible. C’est pourquoi sous les conseils avisés du maître soigneur et après avoir longuement discuté avec notre ami Cruzor, nous avons décidé de t’inscrire à l’école de magie pour que tu puisses apprendre à maîtriser tes magies et savoir d’où viennent tes particularités.

Hein ? Quoi ? Comment ? On se calme et on respire. Le parenticide est interdit. Inspire et expire doucement. Tu as juste mal compris ce que ta mère vient de dire.

-De quoi tu parles ? D’abord qui s’est Cruzor ? Et d’où ça sort cette histoire d’école .

Mon père, assis à mes pieds, les saisit doucement.

-Doucement petite terreur. Remballe tes jolis petits yeux assassins. Cruzor est un vieux dragon et aussi le directeur de l’école de magie. Ses connaissances sont immenses et il sera t’enseigner tout ce que tu dois savoir. De plus, toute personne possédant de la magie élémentale doit suivre un enseignement obligatoire pour apprendre à la maîtriser. Donc ma poulette, je suis dans le regret de t’annoncer que tu vas devoir rejoindre le chemin des bancs d’école.

Je suis complètement dépitée, désappointée, désabusée, désemparée, démoralisée, déroutée et bien d’autres choses qui commence par un « dé ». J’ai l’impression d’être punie injustement. Sans avoir eu droit à un procès équitable.

-Aucune négociation n’est possible ?

Je lance un regard désespéré à ma mère.

-Pitié, maman, dit oui !

-Je suis désolé ma chérie. Tu peux essayer toute ta panoplie du regard de chien battu et compagnie cela ne marchera pas.

Mon père se lève et plante ses yeux bleus dans les miens.

-la sentence est irrévocable. Vous avez été pesé, vous avez été mesuré, et on vous a jugé insuffisant *****.

Rapide comme l’éclair, la main de ma mère inflige sa propre loi.

-Aïe !

Mon père se frotte l’arrière de la tête.

-j’ai toujours voulu dire cette phrase. Et c’était pile le bon moment pour le faire. Je n’aurai plus jamais une occasion en or à se présenter comme ça.

-Papa, tu es vraiment le roi pour remuer le couteau dans la plaie.

-Je sais, c’est ce qui donne à mon charme un petit côté piquant. Et de nous deux ma poulette à la langue de vipère, je pense que tu es bien plus piquante que moi quand tu es inspirée.

Bon, ok, il n’a pas tort. Mais ce n’est pas très paternel comme attitude, je trouve. En même temps, c’est comme ça que je l’aime, avec son humour à grincer des dents. J’ai le même, donc je ne vais pas cracher dans la soupe et faire ma farouche.

Je crois que mon sort est scellé depuis belle lurette. Quand ma mère a tranché et qu’il n’y a plus possibilité de négocier, c’est que le sujet est clos définitivement et à jamais. Je n’ai plus qu’à me résigner.

-On y va quand dans votre école ?

-Nous y sommes déjà. Bienvenue dans ta nouvelle chambre, Poulette.

Mon père écarte les bras et embrasse la pièce où nous nous trouvons. Quels mots donner à ce que je ressens en ce moment même ? Désolation absolue, accablement extrême, affliction profonde, détresse infinie ? Pour que vous puissiez me comprendre, il faut que je vous décrive ladite chambre. Elle fait environ neuf pieds de long contre sept de large, même les placards à balais sont plus grands que ça. On y trouve un petit lit en bois gris avec des draps blancs grisâtres, et petit bureau gris, une petite armoire grise, un sol en bois gris, des murs gris, une petite fenêtre qui donne sur un mur de pierres grises et pour clore le tout des petits rideaux gris. Je crois bien que toutes les nuances de gris sont présentes dans cette pièce. Aussi désolant qu’un ciel pluvieux terne et morose. Je cours droit vers la dépression. Je ferme les yeux et lâche un soupir à fendre l’âme. Ma mère me caresse la joue.

-Tu verras, tu vas t’y faire. J’ai confiance en toi et en ton esprit d’adaptation. Tu l’as déjà fait quand tu es partie vivre chez ton oncle et tu y as survécu. Tu survivras ici aussi. Il est important que tu arrives à maîtriser toute cette magie qui éclot et se développe en toi. Nous nous reverrons bientôt. Cela va passer vite, je te le promets. Je t’aime plus que tout.

Mon père s’approche de moi et m’embrasse sur le dessus du crâne.

-Je t’aime aussi mon petit poulet. Montre leur de quel feu notre famille est faite. Mets-leur en plein la vue.

Je n’ai pas d’autre choix que de capituler. Ma défaite est là et bien consommée. Je me plie aux exigences de l’autorité parentale comme la brave fille que je suis. Je m’adresse à ma mère.

-Quand partez-vous ?

-Tout de suite. Maintenant, que tu es réveillée, nous allons pouvoir retourner au royaume de feu, il n’y a pas mal de choses à régler là-bas. Ta petite transformation en a secoué plus d’un et beaucoup veulent des réponses à leurs questions.

-Et comme nous n’avons aucune réponse à leur fournir, ces politicards de malheurs seraient bien capables de nous faire une insurrection. Sur ceux, mon petit poulet, ne fais pas trop de bêtises, repose-toi bien aujourd’hui et à très vite !

Et aussi vite que l’éclair, mes parents décampent de ma chambre comme deux fuyards s’échappent de la potence. Je reste abasourdie devant la porte close. Un nouveau chapitre de ma vie vient de s’ouvrir et la première phrase pourrait être : désespérée dans sa chambre désespérante, notre héroïne se laissait sombrer dans le désespoir.

 

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*Petit clin d’œil au capitaine Jack Sparrow de Pirates des Caraïbes. C’est l’un de mes personnages préférés.

** Les Korrigans sont des cousins des gnomes. Créature légendaire du folklore breton. Je suis fan de leurs bouilles et de leurs facéties.

*** J’ai demandé à mon cercle d’amis la traduction en breton de la phrase : rentrez chez vous créatures de malheur et ne revenez plus ici. Personne ne m’a répondu sauf un ami qui fait des one-man-show et dans toute sa splendeur comique m’a donné cette traduction Gastonniène (son nom de scène est Gaston.). Ça m’a fait rire, j’ai gardé.

**** Hommage à la ville qui m’a vue grandir.

***** Réplique culte ( pour moi) du film Chevalier avec le très regretter Heath Ledger.

 

Publié dans : Non classé | le 6 août, 2021 |3 Commentaires »

Chapitre 2

 

chapitre 2

portrait Alyana Cheveux longs

Prends garde aux belles pommes bien rondes et appétissantes, la plupart du temps, elles sont soit pourries ou empoisonnées.

 

C’est en contemplant ma porte fermée que mon côté réfractaire* fait surface. Je pense avoir le droit à une négociation équitable où les deux parties doivent avoir la possibilité de faire valoir leurs revendications. Or, dans cette histoire, mon point de vue n’a pas été pris correctement en considération et donc j’ai tout à fait le droit de faire entendre mes objections et mes demandes légitimes.

Ragaillardi par cette idée, je me lève de mon lit et me dirige vers l’armoire pour m’habiller. À l’intérieur, se trouve qu’une seule tenue composée d’une chemise qui, ô miracle, est blanche, d’un gilet corset noir et d’une jupe de couleur, attention suspense, … Grise ! J’enfile la chemise qui sans m’étonner s’avère être trop petite pour moi. De toute façon, à partir du moment où tu n’entres pas dans les standards imposés par le tyran de la mode, rien ne te va. Et comme je rentre dans la catégorie du « trop », tout est « trop » pour moi. Je suis trop grande, trop musclée, j’ai de trop gros seins, des hanches trop rondes, un trop gros fessier et je suis trop cambrée. Donc c’est toujours trop juste, trop court et trop étroit. Je me retrouve avec une jupe qui remonte à l’arrière, des manches dont les coutures sont prêtes à craquer et un chemisier avec des boutons prêts à sauter. Je suis saucissonnée comme un bon gros rôti et si j’ai le malheur de prendre une trop grande inspiration, je me retrouverais avec des haillons en guise d’habits.

L’une de mes doléances sera la venue de mon tailleur pour qu’il me confectionne ma garde-robe. Ce qui est bien quand tu es championne, c’est que tu as le droit d’avoir un tailleur attitré pour te confectionner tes tenues de combat. Mon tailleur à moi est tellement gentil et adorable qu’il accepte de me faire mes tenues de ville, même si pour les couturiers d’arène faire dans le civil est considéré comme dégradant pour l’image. Dans ce milieu les uniformes de combat, c’est aussi valorisant qui confectionner les vêtements royaux. Il faut dire aussi que le salaire que je lui verse peut-être très motivant et compenser sa petite perte de prestige

C’est d’un pas résolu que je me lance à la poursuite de mes parents.

Une fois la porte franchie, je me retrouve dans un long corridor, avec d’un côté des portes semblables à la mienne qui doivent donner sur des chambres, vraisemblablement. Entre chaque porte, se trouve une torche où brûle un feu magique qui ne s’éteindra jamais. En face, un mur décoré de portraits d’hommes et de femmes qui me sont inconnus. C’est en sentant la douceur de la moquette qui recouvre le sol que je m’aperçois que je suis pieds nus. Ce n’est pas grave, je n’ai pas le temps, de retourner dans ma chambre pour en chercher. Je fonce au hasard, vers la droite et débouche sur un énorme escalier en bois qui me donne la possibilité soit de monter vers un étage supérieur, soit de descendre. Je n’hésite pas et descend les marches quatre à quatre.

J’atterris dans un hall éclairé par d’immenses vitraux colorés. Juste en face de moi, deux lourds portants entrouverts me laissent apercevoir l’extérieur. Je m’engouffre dans l’entrebâillement et me retrouve devant un somptueux jardin paré de mille couleurs estivales. Je prendrais le temps, une autrefois d’admirer ce paysage qui je suppose fortement doit être un vrai régal à admirer. Au loin, je discerne deux silhouettes qui s’éloignent et dont l’une d’entre elles est pourvue d’une chevelure blanche. Ce sont eux !

Je m’apprête à me précipiter à leur rencontre quand je sens un poids s’abattre sur mon épaule droite. Je tourne légèrement la tête pour jeter un œil sur la chose indésirable qui s’est posé sur moi. Une grande main vêtue d’un gant en cuir noir me retient prisonnière. Je lève les yeux pour découvrir à qui appartient cette main malvenue quand je me retrouve aspiré dans deux lacs turquoise. Deux superbes disques bleu-vert qui m’invitent à plonger et à nager dans leurs profondeurs pour m’y perdre avec bonheur. Je peux affirmer que je suis face aux plus beaux yeux qu’il m’a été donné d’admirer et je peux même prédire que jamais je n’arriverai à en trouver des plus magnifiques.

-Tu t’es perdu apprentie ?

Hypnotisé par ses yeux, me voilà maintenant envoûtée par le son de sa voix. Elle est grave, rauque et profonde. Je sens ma peau se couvrir de chair de poule et tous mes poils se hérisser sous la caresse de cette voix enchanteresse. Je ferme les yeux un bref instant pour me ressaisir et ensuite observer l’homme qui me fait face. Les premiers mots qui me viennent à l’esprit sont : sublime, apothéotique, divin, splendide, ineffable. Il est la perfection même : des yeux légèrement en amande, un nez droit, des pommettes hautes, une mâchoire carrée et volontaire, une bouche pleine et généreuse, des traits fins et ciselés et une cicatrice en forme de croissant de lune au coin de l’œil gauche qui lui donne un petit côté canaille qui n’est pas pour me déplaire.

-Je te demande si tu es perdue ?

Je ne peux pas m’empêcher de le dévorer du regard telle une assoiffée devant un verre d’eau. Il est tellement beau. Un véritable fantasme sur patte. Mon imagination s’enflamme et des images érotiques s’affichent partout dans mon esprit. Je le vois remuer les lèvres pour me parler et dans mes visions, je les vois parcourir langoureusement mon corps. Je sens des milliers de papillons prendre leur envol dans mon ventre et une douce chaleur se répandre dans mes veines pour se concentrer vers un point humide entre mes jambes. Punaise, je me le ferais bien pour mon goûter, voire même pour mon déjeuner, mon dîner et mon petit déj.

-Tu te sens bien ? Tu comprends ce que je te demande où c’est trop compliqué pour toi ? Depuis quand il accepte des simplettes comme apprenties ?

Simplette ! Ce mot me sort de mon fantasme comme si je venais de recevoir une gifle en pleine face. Une véritable douche froide. Je dirais même complètement gelée. L’incendie qui était en train de ravager ma petite culotte vient d’être éteint et mes parties intimes congelées en un claquement de doigts. Je n’y crois pas, Monsieur sexy vient de me traiter d’idiote. Trop beau et trop con surtout. J’aurais dû m’en douter. La jolie pomme à laquelle j’avais tant envie de croquer est finalement gâtée. Beurk !

C’est alors que j’aperçois ses oreilles pointues. Pourquoi je ne les avais pas vues dès le début ? Pourtant, j’en ai passé du temps à le dévisager. Je pense que mon cerveau à faire abstraction de ce détail pour me laisser l’espoir de penser que ce type pouvait être l’homme idéal. On sait jamais, sur un malentendu ça peut peut-être marcher.**

Un elfe ! Ce n’est même pas une pomme pourrie que je m’apprêtais à déguster, mais une pomme empoisonnée. Au secours, fuyons ! Les femmes et les enfants d’abord, suivez le guide ! Ce n’est pas que je suis raciste loin de là, mais un elfe, c’est comment dire ? Comme une constipation qui dure depuis trop longtemps, un bouton indésirable sur le visage lors d’un rendez-vous galant. Vous voyez ce genre de personne qui vous pourrit la vie juste par sa présence ? Bon ok, j’avoue mon ressentiment vient de mauvaises expériences qui m’ont laissé un goût amer dans la bouche. Ce que je déteste chez eux, c’est qu’ils font tout pour te donner l’impression d’être un vulgaire parasite qui dérange comme un cheveu sur la soupe ou un cafard dans les petits-pois. Je ne supporte pas ça. Et en ce moment même sous son si beau regard plein de mépris pour ma petite personne, je sais exactement ce que ressent ce petit insecte innocent perdu dans cette assiette remplie de boules vertes géantes.

Mais attention, l’ami. Le petit cafard que je suis, cache en lui un gros dragon susceptible et vexé. Tu vas voir ce que tu vas voir. Ce n’est pas un porteur d’oreilles pointues qui va m’insulter sans conséquence, aussi beau qu’il soit.

 

Je baisse les yeux sur sa main toujours posée sur mon épaule, donne une petite tape dessus et je plonge mon regard dans ses beaux yeux turquoise. Un sourire en coin étire lentement mes lèvres et je savoure d’avance ma douce vengeance. Je lève ma main délicatement vers son visage, sers mon poing et lève mon majeur triomphalement. Je m’abstiens de danser une petite gigue pour appuyer la jouissance de mon insolence.

-Voilà ce qu’elle te répond la simplette, connard.

Ni une, ni deux, je tourne les talons et sors de cette demeure, école ou château de malheur. Une fois dans le jardin, il me faut un temps d’adaptation pour m’habituer à la luminosité du soleil. Un majestueux parc se déploie devant moi. Une longue étendue verte intense s’étend à perte de vue, des arbres et des haies fleuries aux mille et une couleurs égayent l’ensemble. C’est magnifique, mais je n’ai pas le temps de m’attarder et je m’élance à la poursuite des deux silhouettes de mes parents. J’ai à peine le temps de faire mon premier pas que je suis immobilisée par un étau autour de mon bras. La main gantée indésirable fait son retour sur ma personne. Pire qu’une mouche autour d’un pot de miel. Je me détourne pour affronter mon geôlier. Oups ! Je crois que je vais en prendre pour mon grade si j’en juge la fureur qui déforme ses si jolis traits. Je relève crânement le menton et plonge mes yeux dans ses deux lacs agités par la tempête qui l’habite. Si je dois mourir sous son courroux, je ne le ferai pas sans dignité.

-Sais-tu qui je suis, apprentie ?

-À part un gros connard, non. Mais en même temps, ce n’est pas comme si cela m’intéressait.

Et voilà comment l’expression êtres foudroyer d’un regard est née. S’il pouvait me tuer rien qu’avec ses yeux, je serais morte à l’instant et plusieurs fois. Sa rage est telle que je commence à avoir chaud aux fesses. Foutu pour foutu, quitte à être suicidaire autant l’être jusqu’au bout et c’est d’un air bravache que je continue de le provoquer mes prunelles bien ancrées dans les siennes.

Il commence alors à me détailler de haut en bas puis de bas en haut. Il est vraiment impressionnant, voire terrifiant avec toute cette férocité meurtrière au fond de l’œil. C’est bien la première fois que je vois ce genre d’émotions chez une personne de son espèce. Mais en même temps, vu la couleur de ses cheveux et sa peau mate, il doit s’agir d’un elfe sombre, ils sont réputés pour être de redoutables guerriers et la face obscure de leur race. Je ne connais que leurs cousins les elfes de lumières qui sont aussi froids et expressifs qu’un bloc de glace, donc je pense que je peux m’inquiéter de devoir subir un véritable ouragan courroucé. Comment je le devine, moi qui ne suis pas devin ? Il y a des signes qui ne trompent pas : les traits tendus à l’extrême, la mâchoire crispée jusqu’à se briser, les veines du cou et de ses tempes qui saillent prêts à exploser et il serre ses poings tellement forts que les jointures de ses mains en sont blanchies. Je parie qu’en ce moment même, des images de moi, bleue, asphyxiée entre ses doigts qui me compriment la trachée, se déroule comme un doux fantasme dans ses pensées. Comment je le sais ? Parce que j’ai les mêmes images dans ma tête, mais avec nos rôles inversés

S’il veut la bagarre, je suis son homme, enfin sa femme. Je n’attends que ça. J’ai un besoin impérieux de me défouler. De soulager cette colère et cette mauvaise humeur qui bouillonne en moi. Je pense que de lui à moi, si un de nous deux est légitime dans cette confrontation, c’est moi, Putain ! Je ne pense pas que ce bellâtre s’est tapé une journée de merde comme la mienne. Oui, je sais mon vocabulaire laisse à désirer. Mais là, maintenant, tout de suite, je m’en bats les couilles, ou plutôt les ovaires. Mon réveil a été douloureux, mon corps est en compote, mon ventre est rafistolé comme une dinde farcie, mon cerveau est en miettes et cerise sur le gâteau mes parents viennent de me laisser en plan dans cette fichue école sans mon consentement. Alors les prudes du langage aux oreilles sensibles passez votre chemin, car il va y avoir de la poésie colorée digne du plus grand des bordels.

- Je suis le prince héritier Aradan Ladylias de la cour Sombre, Maître du cercle du nord et Champion de l’arène de Rubis et Noire, maître d’armes et surtout professeur des arts de combat et de la guerre de cette école.

Qui aurait pensé que ce si joli minois est en réalité une véritable machine à botter les culs ? Le petit malin. Mais moi aussi, je cache bien mon jeu. Petit un, j’ai comme lui, en ma possession un titre redondant, je suis la princesse Alyana Dedarhaco de la cour de feu et je suis la deuxième à la succession de la couronne royale. Petit deux, nous sommes ex æquo sur le statut de champion. Oui, vous avez bien compris et non il n’a pas une arène en plus dans son palmarès. Je sais encore compter, figurez-vous. Je ne vous ai pas tout dit, je suis aussi championne de l’arène sanglante. Et oui mes amis, la légendaire Sanglante, celle qui a pris son nom de la couleur vermillon de son sol entaché à jamais par les torrents de sang qui se sont écoulés dessus. Cet endroit cauchemardesque qui fait trembler les plus redoutables guerriers et pleurer de terreur les enfants. Laissez-moi vous raconter la légende.

Tout a commencé par une partie d’échecs divins entre deux tricheurs : Sinès, déesse du chaos et Marès, dieu de la guerre. Ils étaient engagés dans une partie longue et fastidieuse où des pions disparaissaient et réapparaissaient au petit bonheur la chance. Un des deux joueurs par ennui (nous ne savons pas lequel car tous deux s’octroient l’idée vicieusement lumineuse.), a lancé l’avis qu’il serait plus sympathique d’organiser ce combat stratégique et intellectuel dans une arène avec des vrais pions et un zeste de magie. Ils furent emballés par ce concept si existant, le jeu fut mis de côté, et les cerveaux retors, tortueux, morbides et sanguinaires de nos deux divins protagonistes établirent les règles de ce nouvel amusement.

Je dois bien vous avouer, mes chers amis, qu’ils ont fait des étincelles et nous ont concocté un tournoi des plus pervers et tordus jamais imaginés jusque-là. Je vous explique. Nos deux divins maîtres du jeu choisissent chacun un roi ou une reine parmi les anciens et nouveaux champions. Les deux chanceux se voient attribuer une équipe de 15 combattants. Dans ses 15 joueurs, le roi ou la reine doit désigner un stratège prénommé le cavalier, un tacticien : le fou, un défenseur : la tour, et bien sûr la chair à canon : les pions. Une couleur est donnée à chaque équipe, le rouge pour l’équipe de Sinès et le noir pour celle de Marès.

Une fois, tout ce petit monde paré de ses couleurs et avec son rôle défini, le spectacle peut prendre place dans son lieu de présentation. Imaginez une énorme grotte avec des stalactites de différentes tailles parant le plafond comme une magnifique sculpture. Dans les parois des niches où sont installés luxueusement des invités, au milieu de tentures, de coussins, tapis, tables basses garnies de victuailles. Le sol est parsemé de stalagmites, où sont posés à leur sommet des bougies de feu magique. Au centre un large espace plat recouvert de sable qui au fil du temps s’est teint de la même couleur que le sang des morts qui s’y sont entassés. C’est au son d’une cloche que le silence se fait et que le combat peut commencer.

J’ai oublié de préciser plusieurs choses. Dans les arènes normales, la magie est proscrite pour que tous les concurrents puissent être à égalité, ce qui fait que, bien évidemment, autrement ce ne serait pas drôle, dans l’arène sanglante la magie et mutations sont à l’honneur. Et bien sûr à la fin, il n’en reste qu’un. Vous avez deviné que le gagnant, c’est celui qui a réussi à rester vivant, pas comme dans les autres arènes où c’est celui qui reste debout qui est proclamé vainqueur par le jury. C’est fou comme on s’amuse là-bas et à chaque fois que tu reçois ta convocation, tu te sens toute émoustillée à l’idée d’aller te faire massacrer jusqu’à la mort, sans avoir le droit de refuser gentiment, car tout refus entraîne ton trépas.

 

Donc si on fait le calcul, je gagne pour ce qui est des arènes et lui, il gagne pour ce qui est du reste, donc nous sommes au même niveau. Mais si monsieur cherche la petite bête et qu’il veut jouer à celui qui pisse le plus loin, là, c’est moi qui remporte le trophée, et largement. Il ne peut pas rivaliser avec un dragon, c’est moi la grosse bébête. Je n’ai même pas besoin de lever la patte pour arroser les fleurs sur plusieurs pieds, je vous avais prévenu qu’il y allait avoir de la poésie. Maintenant le hic, c’est de savoir si je suis capable de me retransformer en gros lézard, mais chut, il n’a pas besoin de savoir ce petit secret. Ça reste entre nous. Mais trêve de plaisanterie, il est grand temps de montrer à ce monsieur qui c’est le patron ici.

-Et toi ? Sais-tu qui je suis ? Je suis la princesse Alyana Dedaharko, Princesse des dragons de feu, deuxième à la succession de la couronne, Maître du cercle du sud et championne de l’arène de feu. De plus pour ta gouverne, saches que si on me chauffe trop, je deviens un dragon super balèze avec un mauvais caractère et un très gros appétit. Il y a une semaine, j’ai bouffé un orc pour l’apéro alors croqué un prince héritier en dessert ça ne me dérange pas du tout, au contraire, j’ai les crocs.

Vous vous demandez pourquoi je ne parle pas de la Sanglante . Mes parents ne sont pas au courant de mes petites visites là-bas. Et j’aimerais qu’ils restent dans l’ignorance, donc motus et bouche cousue.

L’homme me dévisage un long instant puis recommence à me détailler de haut en bas et de bas en haut. Je sais que je ressemble à rien dans ces vêtements trop justes et pieds nus, mais ce n’est pas l’emballage qui fait un homme, mais ce qu’il y a à l’intérieur et crois-moi mon petit gars, mon âme est celle d’une guerrière et je compte bien te botter le cul et je le ferais sans hésitation.

Il me toise de son air arrogant et hautain, comme savent si bien le faire les elfes.

-Tu me dois obéissance et respect, je serais amené à être un de tes professeurs. Il serait judicieux pour toi de savoir qu’elle est ta place ici. Les petites apprenties prétentieuses et trop sûres d’elles, j’en vois chaque année et crois-moi quand je te dis qu’elles ne font pas les fières très longtemps.

Mais c’est qu’il commence sérieusement à me courir sur le haricot, ce drôle.

-Déjà, je ne suis pas petite et ensuite, tu n’es pas encore mon instructeur, les cours n’ont même pas encore commencé et je ne suis même pas élève officiellement, je suis en pleine négociation avec la haute autorité parentale sur cette question. Et pour ta gouverne, comme le dit si bien mon grand-père, le respect se mérite par les actions. Et je suis dans le regret de t’annoncer que tu as été pesé, tu as été mesuré et je t’ai jugé insuffisant. Donc va te faire voir chez les trolls et on reparlera de déférence quand tu en seras digne.

Mon père avait raison, cette réplique est fortement sympathique. Je me retourne d’un coup pour m’élancer dans une fuite de survie, car si je ne m’en ramasse pas une après mon petit discours, cela révélerait du miracle. Dans mon élan, je me retrouve le nez collé contre un torse dur et massif qui sent bon la maison. Mon père ! Par la clémence du dieu protecteur des dragons, faites qu’il n’est rien entendu.

-Quand quelqu’un se tient comme ça devant ma fille avec un air et une posture de bourreau très impatient à exécuter un condamné, c’est qu’elle a fait usage de sa langue de vipère et de son caractère de gobelin enragé. Je vous présente mes plus humbles excuses en son nom, en celui de ma famille et de mon peuple. En tant que père et roi, j’essaie depuis de nombreuses années, dix-neuf pour être précis, de lui inclure l’éducation digne de son rang et les subtilités de la diplomatie et des étiquettes, mais cette tâche est bien trop ardue pour moi. Elle se révèle être mon seul échec dans cette vie. Ma chère enfant est un cas désespéré et je compte sur les enseignements de cette école pour rattraper toutes ses lacunes et ses travers.

Je regarde mon géniteur, les yeux exorbités et la bouche grande ouverte. L’hypocrisie de cet homme est phénoménale. Comment ose-t-il critiquer mon caractère alors que nous avons le même. Depuis ma naissance, j’entends le fameux « tel père telle fille », « les chiens ne font pas des chats » et le célèbre « par tous les dieux, on dirait son père ». Les failles de mon éducation sont sûrement dues au fait qu’il a été décidé pour ma sécurité de m’envoyer vivre chez mon oncle au milieu de combattants et combattantes pour seul modèle. Bien évidemment, je retournais très souvent au palais, mais à chacune de nos retrouvailles mon patriarche ne pouvait s’empêcher d’étoffer mes connaissances de combat, mon attirail guerrier et bien sûr ajouté des paillettes dans mon vocabulaire très coloré***. N’allez pas croire que personne ne s’est chargé à éveiller mon esprit et de développer mon intelligence, j’ai été suivi par un précepteur, un vieux monsieur rusé et bienveillant qui a su malgré mon manque de motivation à l’apprentissage intellectuel, à me faire aimer les mots, l’histoire, les sciences sauf les mathématiques, et surtout l’art du sarcasme et de la repartie.

Je m’apprête à riposter pour défendre mon honneur salement amoché par cet homme qui ose se prétendre être mon père, mais d’un regard en coin, il me fait comprendre de me taire. Je l’aime plus que tout au monde, mais parfois, surtout en ce moment, je me dis qu’un petit parricide me tenterait bien. Je jette en coup d’œil, en biais, à Monsieur Sexy Connard, ce nom lui va comme un gant, un petit sourire moqueur étire ses lèvres. Le pire dans cette histoire, c’est que cela le rend encore plus beau. Ce côté railleur accentue son charme. Je le déteste et je déteste son air suffisant. Je sais bien qu’il exulte devant les remontrances de mon père. Son regard rencontre le mien. Je plisse les yeux en focalisant toute ma colère et ma haine dans cet échange visuel, au cas où par un petit coup de pouce divin, des éclairs y sortent pour le foudroyer sur place. Son sourire s’élargit encore plus. C’est décidé, incident diplomatique ou pas, je lui rentre de lard et avec un peu de chance, je serais renvoyé avec anticipation d’ici.

-J’accepte vos excuses, altesse. En tant que futur maître d’armes de votre fille, je saurai lui inclure quelques notions qui lui font défaut, comme le respect et la maîtrise de soi. Apprentie Alyana, je ne dirais pas au plaisir de vous revoir, car ce ne serait pas la vérité. Je vous reverrai pour vos leçons de combat !

Sur ce, il tourne les talons et s’éloigne sans un regard en arrière.

-Papa, je peux le tuer ?

-Non.

-Le bouffer ?

-Non plus.

-Le pousser sans faire exprès en haut d’une falaise ?

Mon père pousse un long soupir et passe la main dans sa longue crinière.

-Mon petit poulet, si mes cheveux n’avaient pas été blancs, dès ma naissance, je pense qu’ils le seraient devenus à cause de toi . Tu as la chance d’être ma fille et que je t’aime plus que tout au monde, car autrement, cela ferait longtemps que je t’aurais fait griller.

 

Ma mère nous rejoint, échange un regard avec son époux et me prend dans ses bras.

-Ma chérie, tu te souviens de la prophétie des frères maudits qui a conduit à la Grande guerre draconitique ?

-Oui, c’est la prophétie de papa et de mon oncle.

Je vois bien que vous ne comprenez pas de quoi je parle. Ne vous inquiétez pas, je vais vous faire un petit résumé. Mon paternel a un frère jumeau, l’un est un dragon de feu et l’autre un dragon de glace. Ils sont tous deux souverains de leurs royaumes respectifs, le royaume de feu pour le roi Eirik Dedaharko et le royaume de Glace pour Sigvard Dedaharko. Avant leur couronnement, régnaient deux frères que l’on surnommait les jumeaux maudits. Eh oui, encore une paire ! Mais que voulez-vous, chez les dragons, nous aimons bien faire les choses en grand. Alors deux bébés pour le prix d’un, pourquoi s’en priver.

Donc nos deux précédentes têtes couronnées étaient de véritables tyrans sanguinaires qui avaient fait de leurs sujets des esclaves et des outils pour étendre leurs puissances et asservir les autres peuples. Mais comme toutes bonnes choses ont une fin et qu’il était grand temps que ces deux tortionnaires se fassent botter le cul une bonne fois pour toutes, une prophétie s’est fait entendre. Elle annonçait l’arrivée de deux frères qui viendront mettre fin à cette oppression. Après une longue guerre, que les livres appellent « la guerre des dragons », ils ne vont pas chercher loin, nos historiens pour nommer les choses, les rois maudits ont été tués et les deux jeunes héros couronnés. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, blablabla, fin.

Bref, je ne vois pas en quoi toute cette histoire me concerne, à part que je fais partie des bébés de la fin.

Ma mère englobe mon visage de ses mains et plonge son regard dans le mien.

-La dernière partie de l’oracle n’est jamais mentionnée et elle a très vite été oubliée, car elle n’ajoute rien de plus à la légende et elle est restée une énigme jusqu’à la semaine dernière.

-Attends de quoi tu parles . De quelle fin parles-tu ?

-Laisse-moi te compter la prophétie dans sa totalité :

 

« Les premiers jumeaux seront maudits
Les cœurs royaux seront détruits
La glace et le feu à jamais ennemis
tant que battra le cœur du conflit
Lorsque viendront les jumeaux divins
L’amour de deux frères marquera la fin
La glace et le feu s’aimeront enfin
Alors viendront quatre prophéties pour le bien
La première fille possédera toutes magies confondues
le premier fils portera la couronne à jamais perdue
La deuxième fille sera chérie par un dieu déchu
Le deuxième fils sera couronné dans un monde inconnu »****

-Tournée comme ça, pour la simple mortelle que je suis, ça reste complètement incompréhensible. Déjà que même en connaissant l’histoire, la prophétie de papa est pour moi du plus haut point cabalistique, alors imaginez si en plus on y ajoute un morceau qui n’a aucune référence sur lequel s’appuyer ! Mais bon, faut pas être doté d’une intelligence fabuleuse pour comprendre que la première fille, c’est moi, vue que je suis le premier bébé Dedaharco née après la guerre des dragons.

Mon père me donne une grande claque dans le dos et s’esclaffe joyeusement.

-Dans le mille mon petit poulet. J’ai toujours su que tu étais une fille ingénieuse. Tu es bien la digne fille de ton père.

Alors lui, c’est vraiment quand ça l’arrange, l’hérédité. Je ne peux m’empêcher de lever les yeux au ciel, pour lui montrer ce que je pense de tout ça.

Bon, récapitulons tout ce merdier. Il existe une prophétie qui parle d’une première fille qui possédera toutes les magies et cette chanceuse, c’est moi. Moi, le dragon qui il y a une semaine, étais incapable de muter, moi qui n’avais même pas une minuscule étincelle de magique frétillante au bout de mes doigts. Je me retrouve aujourd’hui, catapultée sans n’avoir rien vu venir dans une école des mages avec des capacités draconitiques et élémentales en cadeau, alors que je n’avais rien demandé. Enfin, si un peu, mais pas autant. Je voulais juste pouvoir devenir un dragon. Rien de plus. Si je savais qui est mon exaucer de souhait divin, je lui ferais comprendre à coups de pelle, ce que je pense de son fiel. Oui, j’aime bien manier la pelle, je trouve que c’est une arme vraiment sympathique, trois fonctions en un seul objet. Tu assommes, tu achèves et tu enterres. Simple et efficace

J’observe mes parents les épaules voûtées sous le poids de la défaite. Il faut toujours qu’ils trouvent l’argument ultime pour avoir le dernier mot. Ma mère me caresse doucement le dos, comme pour me faire avaler la couleuvre plus facilement.

-Tu seras amenée à faire de grandes choses dans ta vie, Alyana. Je pris les dieux pour que ton futur soit le plus radieux possible.

Mon père ricane tout en prenant mes mains dans les siennes.

-Comme si une prophétie pouvait annoncer un avenir où tout le monde, il est beau, gentil et avec des cœurs dans les yeux. C’est dans cette école que tu vas pouvoir t’entraîner et t’endurcir pour ce qu’il t’attend. Crois en mon expérience, mon petit poulet. Il y aura du sang, de la douleur, des larmes, des trahisons, des deuils, mais avec un peu de chance, tu trouveras, comme moi, la plus belle chose qu’il puisse arriver à un homme ou à une femme : le bonheur de rencontrer ton âme-sœur, l’unique amour de ta vie et de bien plus encore.

-Merci papa, je dois dire que là, tu m’envoies du rêve. Autant me jeter du haut d’une falaise maintenant, ça fera moins d’histoires. De toute façon, que je meure tout de suite ou plus tard, je n’ai aucune échappatoire. Mon destin a été tracé avant même ma naissance et si je veux avoir la moindre chance de survivre, il est dans mon intérêt de suivre l’enseignement de cette école. Mais pourquoi avoir fait des gosses dans ces cas-là ?

-Mon petit poulet, d’abord la prophétie de la première fille n’a pas encore été annoncée, avec un peu de chance…

-Un peu de chance ? Tu l’as dit toi-même des prophéties qui parle d’arc-en-ciel, de paillettes et des cœurs dans les yeux des gens, ça n’existe pas. Et pour ce qui est de trouver l’âme sœur en récompense, mon historique amoureux parle pour lui-même, j’ai la poisse pour ces trucs-là.

-Tu es ma fille et je sais que comme moi, tu survivras à ton destin. Tu es forte, intelligente, redoutable guerrière et surtout la digne fille de ton père. C’est en nous, nous sommes des survivants et ici tu trouveras tout ce qu’il faut pour te préparer à affronter ce que l’avenir te réserve.

-Mouai, je suis un peu sceptique, mais je te laisse le bénéfice du doute. En même temps, comme le dit l’adage, ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort. Nous dirons que je suis appelée à devenir la plus grande de tous les guerriers et que les dieux feront de moi une déesse.

-Que ta prière soit entendue, mon petit poulet. Maintenant que nous sommes d’accord sur ta présence en ces lieux et sur l’enseignement que tu vas recevoir, il est grand temps pour ta mère et moi de nous retirer. Soit une brave fille sage et obéissante. Et à très bientôt.

Je ne relèverais pas le « brave fille sage et intelligente », je n’ai pas l’humeur pour ça. J’étreins mes parents dans un dernier câlin et les laisse partir. Je reste debout, immobile, à les regarder s’éloigner et disparaître au loin. Je me retourne et reprends le chemin qui m’a conduit jusqu’ici en sens inverse, pour retrouver ma chambre.

 

Je me laisse la fin de cette journée et la nuit pour me complaire dans mon apitoiement. Demain sera le premier jour d’un nouveau chapitre de ma vie et pour pouvoir le confronter sereinement, il me faudra toute ma combativité et ma force pour avancer. Donc mes idées noires, ma nostalgie et ma tristesse devront être éliminées avec le prochain lever du soleil.

Allongée sur mon lit à ruminer mes sombres pensées, j’entends des coups frappés. Je me lève lentement et ouvre la porte pour me retrouver nez à nez avec monsieur sexy connard. Qu’est-ce qu’il fout là celui-là ? Je me lève lentement et ouvre la porte pour me retrouver nez à nez avec monsieur sexy connard. Qu’est-ce qu’il fout là celui-là ?

-Qu’est-ce que vous foutez là ? Je croyais que vous ne vouliez pas me voir en dehors des cours.

Pour appuyer mon mécontentement de me retrouver devant sa personne, je croise les bras et fronce les sourcils. Lui aborde un sourire terriblement affriolant. Hors de question que j’éprouve la moindre excitation devant ce sublimissime spécimen masculin. C’est avec toute ma volonté que j’arrive à rester de glace. Les dieux sont témoins de la hauteur de l’épreuve que je subis, car déjà, quand il tire la tronche, il est magnifique, alors imaginez quand il sourit…

-J’ai un petit présent de bienvenue pour toi.

-Cela commence toujours par une soi-disant gentille attention, mais ça finit toujours par une mort horrible. Donc vous ne m’en voudrez pas si je refuse votre présent, mais on ne peut pas dire que notre rencontre s’est faite sous les meilleurs auspices.

-Voyons, je suis un de tes professeurs, jamais je n’oserai intenter à ta vie.

-Mais bien sûr, vous n’êtes pas encore mon maître d’armes et j’appuie bien sûr le « pas encore ».

Il éclate de rire et me tend un paquet. Je le récupère non sans lui jeter un regard circonspect. Des morceaux de tissu enroulés sur eux-mêmes avec à l’intérieur quelque chose de dur. Je détache la corde qui tenait le tout et je me retrouve avec le même uniforme que je porte et une paire de chaussures montantes en cuire noir.
-Il m’a semblé que tu avais un petit problème vestimentaire.

Il me fait quoi celui-là ? D’où il se permet de me refiler des nippes sans demander mon aval .

-On a enfin relevé votre incompétence en tant qu’instructeur et on vous a rétrogradé à la lingerie .

-Ne me cherche pas, apprentie, où tu risquerais de te brûler les ailes.

-Un elfe cracheur de feu ? Je vous savais sensible aux arts nobles, mais je n’aurais jamais cru que l’art de la rue et des saltimbanques faisait partie des égaiements elfiques.

-Tu es vraiment une emmerdeuse à la langue bien pendue.

-Comment ? Une emmerdeuse ? Moi ? Mais qu’ouïs-je ? Mes oreilles si sensibles de jeune vierge innocente, saignent à cette invective.

-Ta réputation te précède, Alyana Dedaharco. Ton caractère et ton langage coloré sont légendaires parmi les combattants. On dit de toi que tu es aussi douce qu’un drake enragé avec une rage de dents et que tu possèdes un vocabulaire digne d’un vieux gobelin alcoolique et teigneux. Pour ce qui est de ta chasteté, je ne m’aventurerais pas dans cette direction, même la caresse de ton regard enfiévré sur ma personne lors de notre rencontre, me laisse envisager que les plaisirs de la chair ne te sont pas méconnus.

La discrétion et moi, nous n’avons jamais été de bonnes copines. Et là, je peux affirmer que je me suis fait griller en beauté. En même temps, comment rester de marbre devant un tel hymne à la dépravation ? Je suis sûr qu’il pourrait déflorer une vierge rien qu’avec un regard. Merde, mon imagination hyperactive s’emballe et si je ne prends pas garde, je vais me retrouver avec une inondation au sud de mon anatomie.

-Juste pour remettre les choses dans l’ordre, il ne faut pas oublier que vous êtes un de mes enseignants.

-Comme tu le dis si bien, Alyana, je ne suis pas encore ton maître d’armes.

Il s’avance et s’approche de moi. Nous sommes quasiment nez à nez. Par réflexe, je pose mes mains sur son torse pour le tenir à une distance de sécurité.

-Tout doux l’ami. Aux dernières nouvelles, nous n’avons pas gardé les cochons ensemble. Si vous pouvez avoir l’obligeance de ne pas envahir mon espace personnel, je vous en serai gré.

-Ce que je trouve fascinant chez toi, c’est à quel point ton corps peut être autonome de ta pensée. Tu dis des choses et tes gestes disent le contraire.

De quoi parle-t-il ?

-Tu me demandes de rester loin de toi, alors que tes mains ne cessent de me caresser. Il faudrait peut-être que tu revoies ta définition d’espace personnel.

Merde, c’est qu’il a raison en plus. Je baisse les yeux vers mes traîtresses de mains et les surprends en train de tâter ses pectoraux qui au passage sont très bien dessinés et d’une fermeté esquisse. Ce n’est pas possible, il est parfait ce type. Je parle du physique, car pour le reste, il reste un véritable connard. Le regard suffisant qu’il me jette avec son petit sourire charmeur et sexy ajoute une touche supplémentaire à mon exaspération. Tu n’as pas le droit de le tuer, de le bouffer ou de le jeter du haut d’une falaise, rappelle-toi ce qu’a dit papa. Mais en même temps, ce qui n’est pas su, n’est pas forcément arrivé ? Non ?

-Il y a des falaises dans le coin .

-Pourquoi ?

-Comme ça, par curiosité.

-Non

Il va falloir que je trouve autre chose.

C’est la caresse de ses mains sur les miennes qui me sort de ma réflexion profonde sur comment me débarrasser du corps sans que mon père ne le sache. Quelle n’est pas ma surprise, quand je me rends compte que mes mains se sont positionnées à nouveau sur sa poitrine. Je lève la tête pour attraper son regard. Je n’avais même pas repéré qu’il avait une bonne tête de plus que moi. Je n’aime pas ça, cela lui donne un avantage sur moi. Irritée, je le repousse sans ménagement vers la sortie.

-Il se fait tard et je suis encore en convalescence. Il est grand temps pour la grande blessée que je suis d’aller me reposer. Alors, merci pour l’uniforme, au revoir, bonne nuit et et cetera.

D’un mouvement sec, je lui claque la porte au nez. J’entends son rire à travers le bois.

-Tu as peut-être remporté cette bataille, mais la guerre est loin d’être terminée.

Je ne peux m’empêcher de rétorquer, le front appuyé contre le battant.

-Quelle guerre ? Il n’y a plus de guerres depuis longtemps.

-tu as raison, il ne s’agit pas d’une guerre, c’est plus une conquête. Celle de ton corps et avec un peu de chance, celle de ton cœur.

Mais bien sûr et pourquoi pas 100 pièces d’or et une barre de chocolat au caramel*****.

-Alors, écoute- moi bien espèce de queutard du dimanche. Ta conquête, tu peux te la mettre où je pense. Mon corps n’est pas un territoire à conquérir et mon cœur encore moins. Si ça te chatouille, je suis sûre qu’un paquet de demoiselles esseulées se bouscule au portillon pour te satisfaire. Avec la gueule que tu as, tu n’as qu’à te baisser pour les cueillir. Alors, si tu me le permets, je te dirai qu’une chose, va te faire foutre.

-Tu es tellement prévisible, mon cœur. Cette fois-ci, je te dirais au grand plaisir de te revoir.

-Les relations, entre professeurs et élèves, sont interdites. C’est la règle.

Enfin, je crois !

-Parce que tu as pour habitude de suivre les règles .

-Oui, parfaitement.

-Menteuse ! Mais je te pardonne pour ça. Car moi aussi, je dois me faire pardonner. Je te fais marcher depuis le début. Et voir comment tu cours est un véritable régal. Tu sauras qu’ici l’insolence n’a pas sa place et que les règles ont leurs utilités. Rien ne reste impuni. Voici ta première leçon, Alyana. À l’avenir, réfléchis avant de parler et surtout pense bien à qui tu t’adresses. Bonne nuit princesse guerrière.

J’entends le son de ses pas décroître à mesure qu’il s’éloigne. Mais quel connard ce mec et je reste polie ! J’ai plein d’autres noms qui me viennent en tête, mais je suis tellement furieuse que je n’arrive même pas à choisir lequel lui conviendrait le mieux. Je suis tellement furieuse que j’ai l’impression que de la fumée me sort par les narines. Merde, ce n’est pas qu’une illusion, c’est vrai, je fume vraiment par le nez. Je me précipite pour ouvrir la fenêtre en grand, il ne manquerait plus que je meurs asphyxiée par ma propre fumée. Et d’ailleurs, c’est quoi cette fumée . Normalement, quand un dragon est dans sa forme humaine, le feu en lui, est en veille. Alors pourquoi, je sens comme un brasier en moi prêt à exploser ?

La fatigue tombe sur moi par surprise. Elle apaise l’incendie qui rugit en moi sans que je n’aie besoin d’intervenir. Mes yeux papillonnent de plus en plus pour se fermer définitivement. Je sombre doucement dans l’oubli non sans une dernière pensée pour la mort future de cet elfe de malheur. Je l’aurais un jour, je l’aurais******.

 

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* Référence à une sortie culte de notre si « diplomate » président : les Gaulois réfractaires.

** Vous avez effectivement reconnu une des plus cultissimes répliques de jean Paul Dusse dans Les Bronzés.

 

*** Petit clin d’œil à Inès Reg et Kevin. J’adore cette fille !

 

**** La prophétie n’est pas encore fixée. Je suis en pleine réflexion et j’attends l’aide d’un ami poète.

 

***** Expression de ma jeunesse : tu ne veux pas cent balles et un Mars ?


****** Vous l’avez tous repérée ? La fameuse réplique de la  pub pour la MAf devenue culte.
À partir de maintenant, je mettrais un petit numéro à chacune de mes allusions et à la fin du livre je vous mettrais les réponses. Bonne lecture.

 

 

Publié dans : Non classé | le 6 août, 2021 |1 Commentaire »

Chapitre 3 : les quatre éléments

Chapitre 3 : Les quatres éléments
dragon elemental
Méfiez-vous des fous et des vieux messieurs, car ce sont eux les vrais maîtres de monde.

Une semaine vient de s’écouler depuis mon réveil chaotique et pendant ce laps de temps, j’ai rencontré mon homologue dragon et directeur de cette école, Maître Cruzor . C’est avec lui que je passe le plus clair de mon temps. Il essaie d’évaluer ma puissance magique, afin de savoir vers quelles disciplines m’orienter dans mes futures études. Je passe toutes mes journées en sa compagnie dans l’arène blanche du cercle de l’Est.

J’ai découvert, pour mon plus grand plaisir, que les quatre arènes de l’est se trouvent dans l’école de magie. Peut-être parce que tous les champions enseignent ici, Monsieur Connard au physique ravageur est celui de l’arène noire et Cruzor celui de l’arène blanche. Pour ce qui est des deux autres, je sais que Maître Kryder qui enseigne la magie de l’eau est le champion de l’arène rouge et le Maître suprême du feu est celui de la verte. Mais le plus important dans cette histoire, c’est que, me retrouver dans cette arène me rappelle la maison et je dois avouer que ça fait du bien à mon moral qui se situe en ce moment même dans mes chaussettes.

Lors de nos séances, je peaufine ma métamorphose. Eh oui, mes amis, je suis officiellement un dragon pour de vrai ! Fini la handicapée de la transformation. Je vous jure qu’une fois retournée au royaume de feu, je vais en botter des culs. J’arrive maintenant à passer d’humaine à dragon et vice-versa en un clin d’œil.

Les prochaines sessions se focaliseront sur mes jets de flammes. Il faut dire que je ne les maîtrise pas du tout. C’est du grand n’importe quoi. Un coup, je crache un feu aussi puissamment qu’un volcan qui explose et une autre fois, il n’y a qu’un mince filet de fumée qui sort de ma gueule. Je pense qu’aujourd’hui je vais faire dans de l’épique, allez savoir pourquoi, mais j’ai le pressentiment que nous allons bien rigoler. Enfin surtout lui à mes dépens.

En une semaine, je n’ai croisé personne. À croire que le vieux dragon et moi sommes seuls au monde. Même si mon acolyte de solitude est une personne avec qui on ne s’ennuie pas, il reste quand même un vieux bonhomme et j’aimerais croiser un peu de jeunesse. J’ai l’impression d’avoir vieilli d’un siècle en quelques jours.

Une routine mortellement ennuyeuse s’est mise en place. Vous avez déjà eu l’impression de revivre la même journée encore et encore . Eh bien, voilà ce qu’est devenue ma vie. Chaque jour est le même ! Je suis réveillé par des coups frappés à ma porte aux aurores, je me lève, je fais ma toilette, je m’habille, je rejoins mon mentor dans son bureau, nous prenons notre petit déjeuner ensemble où il me parle des différentes règles, us et coutumes de cette école, nous nous dirigeons, ensuite, vers l’arène pour pratiquer mes leçons du matin, nous déjeunons sur place, recommençons les leçons jusqu’au crépuscule. Je retourne dans ma chambre où mon dîner m’attend, je fais ma toilette du soir, me déshabille et me couche. Vous êtes toujours avec moi . Aucun n’est mort d’ennui . Car moi, je suis au bout de ma vie. Je n’en peux plus. Une journée de plus comme ça et je deviens folle. Il me faut une distraction, un coup d’éclat, une aventure, un petit grain de sable qui fasse sauter le mécanisme bien huilé de ma morne vie.

Donc, me voilà partie pour une nouvelle semaine palpitante. Qui commence sous un véritable feu d’artifice. C’est une véritable palette de couleurs criardes que je découvre ce matin. Heureusement pour moi, je m’y étais préparée. En une semaine, mes yeux se sont accommodé à l’agression visuelle qu’il subissait à chaque fois que je franchissais la porte de son bureau. La toute première fois, j’ai bien cru que mes rétines étaient complètement grillées et que j’allais rester aveugle à jamais.

Laissez-moi vous décrire le spécimen. Visualisez un grand bonhomme, fin et sec, d’environ trois quarts de siècle, chauve, des longues moustaches en arabesque et une barbichette tressée et agrémentée de perles colorées qui lui descend jusqu’à la poitrine. À cela, ajoutez des yeux bridés d’un joli gris perle et des oreilles percées de multiples anneaux et pierres de toutes les couleurs. Il est resté un bel homme avec des traits harmonieux et bien dessinés qui expriment beaucoup de douceur et de sagesse. Par contre je dois dire que question vestimentaire, j’avais pris l’habitude à de l’excentricité colorée, mais aujourd’hui, il s’est surpassé. Il porte une chemise à jabot jaune poussin, un veston vert pomme, un pantalon orange à rayures argent avec des bottes en cuir rouge, le tout accompagné d’une redingote argentée. Le clou du spectacle est un haut-de-forme argenté lui aussi avec trois plumes-de-paon blanches piquées sur le côté gauche du chapeau. Le peu que j’ai pu regarder m’ont donné un sacré mal de tête.

Assis devant moi, mon bourreau visuel, sirote son thé tranquillement. J’hésite encore sur le fait qu’il en fait exprès juste pour torturer ceux qu’il côtoie pour le plaisir, ou s’il en fait exprès juste parce qu’il aime s’habiller comme ça. Les deux peut-être ?

C’est d’une voix douce et grave qu’il s’adresse à moi.

-Petite princesse, il nous reste encore une semaine en tête à tête. Les élèves vont commencer à arriver petit à petit et les maîtres aussi. Je ne serais plus disponible pour toi. Donc, cette semaine, nous allons mettre les bouchés doubles.
Je le regarde se frotter les mains avec enthousiasme. Son regard pétille d’excitation, ce qui à chaque fois est une mauvaise chose pour moi. J’ai le pressentiment que ça va être ma fête.
-Bon mon petit chou à la crème, au boulot !

Depuis que je le connais, il ne m’a jamais appelé par mon prénom. J’ai toujours eu droit à un petit surnom affectueux et chaque fois, il est précédé par le mot « petit ». Petite princesse, petit chou, petit oiseau, petit trésor, petit, petit, petit, rhaaaaaaaaaaa ! Même si je trouve ça gentil et mignon, le fait qu’il s’obstine à appliquer l’adjectif « petit », m’agace fortement. J’ai passé les deux premiers jours à lui réclamer sans cesse de m’appeler par mon prénom que mes parents m’avaient donné à la naissance pour être utilisé par toute personne souhaitant communiquer avec moi. J’ai abandonné au troisième jour, je suis persuadée qu’il en joue pour me foutre en rogne. Je le soupçonne d’être un véritable emmerdeur de première qui a pour seul but dans la vie de faire tourner ses victimes en bourrique. Avec moi, il a trouvé sa cible idéale. Mais merde, putain, ce n’est pas comme si j’étais petite, avec mes soixante-dix pouces de haut, je peux prétendre faire partie de la catégorie des grandes. Est-ce que moi, j’ajoute le mot « vieux » à chaque fois que je m’adresse à lui ? Est-ce que je le traite de vieux débris, vieux croûtons, vieux bonhomme ou de vieux machin ? Il est vrai, qu’en tant que directeur de cette école, il a une position hiérarchique supérieure à la mienne et qu’il est plus judicieux pour moi de le laisser faire. Il serait dommage que je commence l’année devant le conseil de discipline.

Une fois rendue dans l’arène blanche, mon « vieux »professeur s’adresse à moi pour la nouvelle leçon du jour.

-Mon petit trésor, tu vas te métamorphoser en dragon et tu vas devoir cracher le plus gros jet de flammes que tu peux. Tu inspires et tu cherches l’étincelle de feu qui sommeille en toi. Tu la laisses crépiter un peu puis comme pour allumer un feu, tu souffles dessus jusqu’à ce qu’elle devienne une belle flamme et ensuite tu laisses ton souffle l’embrasser et l’éjecter de tes poumons, d’accord .

J’acquiesce de la tête et me transforme. C’est un moment très agréable. Mon corps devient tout chaud, comme quand on est sous la couette et que dehors, il fait froid. Mes muscles, mes os, tout mon être se met à onduler et s’étirer. J’ai l’impression qu’un millier de mains expertes me massent à l’intérieur. C’est un moment bref mais un instant de pur bien être. Le pied total. Le seul problème que je rencontre, est d’ordre vestimentaire. Normalement, quand on se transforme, les vêtements par je ne sais quel miracle magique ne se désintègrent pas. Je ne sais pas ce qu’ils deviennent mais quand on reprend sa forme humaine, nos vêtements reprennent leur place comme si rien ne s’était passé. Mais comme j’ai autant de chances qu’un manchot jongleur et que jamais rien ne se fait correctement chez moi, je me retrouve à chaque fois nue comme un ver. Heureusement pour moi, je ne suis pas pudique, même si me retrouver à poil devant mon directeur, ne fait pas vraiment partie de mes fantasmes. Par contre devant un certain monsieur Connard au physique renversant… Non, non, non ! Alyana, tu remballes tes pensées lubriques. Interdiction formelle d’avoir le moindre désir d’accomplir une quelconque activité physiquement rapprochée avec lui. D’une part, je n’ai pas assez de petite culotte de rechange pour remplacer celle disparue pendant ma métamorphose pour ajouter celle, noyée par des images sexuellement actives, et d’autre part ce mec est un connard d’où son surnom, alors par touche.

 

-Ne t’inquiètes pas mon petit chat, voire une femme nue me fait autant d’effets que le pet d’une mouche en pleine tempête.

À votre avis, je me vexe ou pas ? Car, je dois bien vous avouer que pour le moment, je le prends plutôt mal. Je ne veux pas paraître présomptueuse, mais par rapport à ce que je vois tous les matins dans la glace et ce que l’on dit sur moi, on peut me ranger dans le panier des jolies filles.

Je commence sérieusement à ressentir une forte irritation et beaucoup de contrariété face à ce monsieur. C’est vrai quoi, il passe son temps à me rabaisser physiquement en me traitant de petite, comme si je mesurais cinq pieds de haut les bras levés et maintenant, il me compare aux flatulences d’une mouche ! Je fais quoi? Je lui éclate la tête de suite où j’attends l’heure de l’apéro pour le gober comme une cacahuète ?

On me fait suer depuis des lustres sur mon « merveilleux » physique.  J’ai dû refroidir les ardeurs de plusieurs dizaines de mâles de chaque espèces. J’ai eu droit à des sonnets, des ritournelles, des portraits, des gravures, des sculptures et autres odes à ma beauté. Alors, pourquoi me dire ça? Comme diraient certains de mes admirateurs, je suis sacrément baisable. Attention, je précise qu’il n’y a que moi qui puisse utiliser cette expression. Ceux qui l’ont utilisée sont montés de quelques octaves. Je ne comprends pas.  

Et pour tous ceux qui pensent que je suis une faraude, peut-être que je le suis, mais j’ai la fierté de pouvoir dire que j’ai réussi à passer outre les pressions sociétales qui obligent chaque être à se voir à travers le prisme déformant qui imposent les règles de la beauté. Tous ces éreinteurs qui s’amusent à lyncher toutes personnes différentes des normes physiques établies et qui nous amènent à nous détester. Ces minables déchets de la société ne sont pas les régisseurs de ma vie et de mes appréciations du « beau ». Je m’aime donc je suis et pour le reste, rien à foutre !

J’ai de longs cheveux d’un blanc lumineux qui descendent souplement jusqu’à ma taille, des yeux marron parsemés des paillettes d’or, un teint hâlé aux reflets dorés par des jours passées sous le soleil, une poitrine généreuse, des hanches pleines et un cul voluptueux. Enfin ça, c’est ce que l’on dit de moi.

Moi je dirais plutôt que j’ai des cheveux rebelles qui réfléchissent encore sur leur nature, ondulé ? Bouclé ? Frisé ? Nid d’oiseau ou amas de nœuds ? Bref ils font leur vie, je fais la mienne et les vaches sont bien gardées. Je vous ai déjà exprimé mon opinion sur mes courbes, donc je ne reviendrais pas dessus. Et là, vous, vous dites « je croyais qu’elle s’aimait physiquement mais elle ne fait que de se critiquer ». Mais oui, et heureusement sinon je ressemblerais à ces pouffiasses vaniteuses qui se prennent pour le nombril du monde.

J’aime mes atouts et par-dessus tout, j’aime mes défauts. Mes yeux qui grâce à ces paillettes dorées donnent au marron de mes pupilles un joli mordoré tout chaud, mes cheveux indisciplinés qui me donnent un halo sauvage comme la crinière d’un lion, mon corps athlétique plein de cicatrices qui honorent la guerrière que je suis. Je ne suis pas faite comme toutes ses princesses oisives de château. Je m’exerce tous les jours à me rendre plus forte et plus tonique pour survivre dans l’arène. J’ai ce qu’on peut qualifier une musculature fine. Mes muscles sont bien dessinés et fermes mais pas super-développés. Je ne fais pas dans la gonflette comme certains, même si je dois bien avouer qu’une pichenette de la part de certains gros bras tout gonflés et tu voles sur cinquante pieds.

Revenons au vieux bonhomme qui me fait face actuellement, je ne comprends pas pourquoi il affiche cette indifférence face à ma personne, nue devant lui. Tout homme normalement constitué réagit avec un minimum d’intérêt devant une paire de nibards, non ? Après, peut-être que c’est une autre paire de boules plus petites et accompagnées d’un joli bâton qui remplirait son regard d’étoile. Mais bon, même si les gonzesses ne sont pas son truc, il pourrait réagir quand même. Moi quand une belle femme passe devant moi, je l’admire. J’aime ce qui est beau et un canon avec une poitrine parfaite, un postérieur parfait, une peau parfaite, un visage en cœur, des cheveux soyeux et disciplinés et un corps de rêve, je m’émerveille. Il est vrai, je ne vous le cacherais pas que je ne vais pas l’aimer. Je vais carrément la détester dans toute sa perfection. Je suis une fille, la jalousie est en moi et quand tu croises le chemin d’une nana plus belle que toi, tu l’envies, tu l’admires et tu la hais au plus profond de tes entrailles.

-Concentres-toi, ma petite Alyana. Ce n’est pas comme si nous avions toute la journée devant nous.

Je grogne face au dictateur, pardon directeur qui ne me laisse même pas le temps de réfléchir en paix et me concentre sur ma transformation. Une fois devenue dragon, je cherche cette étincelle au fond de moi. Je la vois et je m’approche lentement d’elle. Je m’aperçois qu’elle est plus puissante que je ne le pensais. C’est plus qu’un petit crépitement de feu, c’est une grande flamme qui danse paresseusement. Elle est lumineuse et chaude. Elle projette des éclats dorés et me comble de chaleur et de douceur. Je dirige mon souffle vers elle, sa danse devient plus vive et elle se met à grossir jusqu’à devenir un immense brasier déchaîné. Il est éblouissant, rougeoyant et suffocant. Je souffle plus fort et soudain, c’est l’explosion et tout s’embrase.

Ça remonte dans ma gorge et la remplit à la vitesse d’un éclair. J’ouvre ma gueule et laisse jaillir ce feu ardent dans un immense jet de flammes de plusieurs dizaines de pieds. Je le dirige vers le ciel pour éviter de transformer Cruzor en grillades trop cuites. C’est puissant et exaltant. Je peux ressentir dans toutes les fibres de mon corps, la force de ce geyser incandescent que j’expulse si haut dans le firmament. Je me sens si dominante avec ce pouvoir de feu extraordinaire. Le prochain qui vient me chercher des poux je le pulvérise.

Une fois le jet tari, je baisse la tête et ferme ma gueule. Je lance un regard triomphant vers l’objet de ma colère.  Il a les yeux exorbités comme deux ronds de flan et la bouche grande ouverte. C’est sûr que ce n’est pas un pet de mouche que je viens de produire. Rancunière, moi? Pas du tout dirait ma mauvaise fois.

Attends un peu mon vieux, je n’en ai pas fini avec toi. Serre les fesses et garde ta petite culotte, le spectacle ne fait que commencer.

Je me concentre de nouveau et je pars à la recherche d’une étincelle de glace. C’est aussi une grande flamme juste à côté de la dorée. Elle est superbe, d’un beau bleu glacé, elle ondule souplement et est fraîche et piquante. Je dirige mon souffle vers elle quand soudain, elle se cristallise et explose en un immense brouillard constitué d’une multitude de cristaux de glace qui remonte tel un cheval au galop vers ma gueule. Je lève la tête vers le ciel et libère cette tempête de glace qui s’élève vers les cieux. La température autour de nous baisse soudainement et tout devient blanc. On se croirait un matin d’hiver où tout est immaculé de neige. Le dragon est à genoux, la tête penchée et les poings serrés, son chapeau ridicule est à ses pieds complètement gelé. Je redeviens humaine et me plante devant lui, nue encore une fois, mais fière comme un paon. Alors mon petit vieux ? Pas si petite que ça la donzelle !

-Alyana, tu es tout simplement monstrueuse ! je…

Totalement sonné, il s’assoit sur le sol en tailleur, devenu soudainement muet. Il pose ses coudes sur ses genoux et enfouit sa tête dans ses mains.

Pour ma part, je me suis figée au moment où il m’a comparé à un monstre. Bordel de merde, je ne sais pas ce que ce type a contre moi, mais là, c’est le pompon.

MONSTRUEUSE ? Moi ? Je viens de me prendre une claque en pleine face et croyez-moi, ça ne fait pas du bien du tout. MONSTRUEUSE ! Ce mot résonne en moi comme un écho sans fin. Je peux affirmer que si à l’origine, je possédais un ego démesuré, il venait de rapetisser sérieusement à l’instant même. Une chose est sûre, c’est que cet homme n’est pas habitué à converser avec le sexe opposé, car il ne sait pas du tout comment tourner un compliment. Maintenant, reste à savoir s’il connaît déjà la définition et le principe de la galanterie.

Publié dans : Non classé | le 6 août, 2021 |Pas de Commentaires »

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